Mes hommages, Monsieur RALPH TOWNER

Le guitariste, pianiste et grand compositeur Ralph Towner est décédé à l’âge de 85 ans le 18 janvier 2026, en Italie, où il vivait maintenant. Découvert à la fin des années 1970 avec le groupe Oregon, dont il était le fondateur et le principal compositeur, il est l’un des musiciens que j’écoute depuis le plus longtemps et de façon très régulière. Il a été auparavant membre de The Winter Consort, qui portait le nom du saxophoniste Paul Winter, même si, aussi au sein de cet ensemble, Ralph Towner était le principal compositeur.

Ses disques solos Diary, Ana, Anthem, My Foolish Heart et At first light 1, enregistré en 2023, alors qu’il avait ses 83 ans bien sonnés, sont de petits bijoux. Il a joué et enregistré avec les plus grands musiciens du jazz contemporain, Gary Peacock, Eberhard Weber, le grand vibraphoniste Gary Burton — leur album duo Matchbook (1975) est magnifique —Jack DeJohnette, décédé tout récemment, John Abercrombie, Eddie Gomez et même avec Bill Bruford, sur un excellent album jazz de ce dernier, If Summer Has Its Ghosts, sur lequel joue aussi Eddie Gomez.

Son chef-d’œuvre est Icarus, qui a été reprise par de nombreux musiciens et qu’il a lui-même adaptée et interprétée sous différentes formes. Aurora 2 et The Silence of a Candle sont aussi de grandes pièces.

J’avais fait une photographie de lui lors d’un concert d’Oregon, à Québec, en décembre 1978 (photo ci-haut). Il était venu à Rimouski avec cet autre grand guitariste, John Abercrombie, environ trois ans plus tard, pour un concert duo à la salle Georges-Beaulieu, qui restera pour moi l’un des meilleurs spectacles que j’ai vus dans ma vie. Je l’avais abordé après le test de son, fait en après-midi, pour lui montrer cette photographie de lui, dont j’étais très fier. Il me dit aussitôt : « Oh, yes, I remember those shoes. You know, that’s how I situate myself in time, by looking at the shoes I had! ». Il trouva la photo très bonne et me conseilla de l’envoyer à la compagnie de disques ECM, ce que je ne fis jamais, bien sûr.

Chapeau et merci, cher monsieur Towner, votre musique, que j’écoute depuis près de 50 ans, continuera de m’accompagner encore longtemps. Toute ma vie, en fait.

  1. Ce lien contient une présentation par Ralph Towner de son parcours de compositeur et de ses liens avec la compagnie ECM, qui a produit tous ses albums. ↩︎
  2. Version de l’album Matchbook, avec Gary Burton. ↩︎

It’s a go for Legault

Bien des reproches, surtout en ce qui concerne l’économie, sont adressés de toutes parts à François Legault suite à sa démission du 14 janvier. Ça va bien sûr des fiascos de Northvolt et de la SAAQ-Clic aux parties hors-concours à Québec des Kings de Los Angeles — 7 millions $ — et aux déficits monstres qui se sont constitués, entre autres, à partir des cadeaux électoralistes à la Duplessis — « Vous allez avoir un beau 500 $ si vous votez pour nous… » — qui ont totalisé plusieurs milliards et qui ont été donnés à toutes les classes de la société, même les plus riches.

Moi, ce qui m’écoeure le plus de ce gouvernement, ce sont les bris d’engagement dans des programmes comme le PEQ — Programme de l’expérience québécoise —, qui puent la peur des immigrants et qui, en bout de ligne, ne représentent rien de moins qu’un malhonnête reniement de promesses et d’engagements faits au nom du Québec par le gouvernement de la CAQ. Une autre mesure tout aussi honteuse : ce croc-en-jambe de fin d’année fait à un grand nombre d’organismes communautaires, qui ont été récemment informés qu’ils ne recevraient pas le deuxième versement de subventions officiellement annoncées et ayant fait l’objet d’ententes en bonne et due forme. Ces engagements et ententes, faut-il le rappeler, ont été pris par un gouvernement qui représente l’ensemble du peuple du Québec et leur non-respect, pour des raisons bassement comptables par un gouvernement en déroute, rejaillit donc très négativement sur nous tous.

J’ajoute le refus obstiné et carrément bigot de Legault de reconnaître le racisme systémique envers les Premières Nations et son attitude de mépris envers les syndicats… et… et… et…

Le chef est parti. Bien fait! II faut maintenant que le Québec se départisse des pires tares du Caquistan, soit — pas nécessairement dans cet ordre — : Roberge, Drainville, Duranceau, Charette, Boulet, Guilbault, Caire et d’autres.

Bref, bon débarras!

Pichenottes sur Pablo!


• Loto-Québec annonce le lancement d’une loterie des Fêtes, la LOTO-PABLO.
Devinez la journée où Pablo Rodriguez se fera kicker out du PLQ d’ici Noël et gagnez le gros lot, versé en brownies, incognito dans votre compte. Vous pouvez acheter des billets —100 $ chacun — en utilisant un prête-nom.

• UPAC – PLQ; je ne sais pas pour vous, mais il me semble que ces deux sigles fittent souvent bien ensemble depuis le début des années 2000, c’est-à-dire depuis l’arrivée dans l’organisation du conservateur Jean Charest. Bleu sur rouge, tout fout le camp!

• Il aurait quand même pu le dire, Pablo Rodriguez, qu’il ne se présentait à la chefferie du PLQ que pour battre le record Guinness du plus court mandat comme chef d’un parti politique…

• Après avoir dit « Je suis innocent! » — disons qu’on s’en était rendu compte —, voilà que Pablo Rodriguez déclare aujourd’hui, en point de presse : « Je ne vais nulle part! »
Bon ben, coudon!

Dérapage verbal pour discours identitaire

Quiconque lit, ne serait-ce qu’occasionnellement, ce que j’écris sur cette page (ou sur ma page Facebook) sait que je ne prendrais pas benoîtement la défense d’un ministre libéral, d’un bord ou de l’autre de la rivière des Outaouais. Mais la levée de boucliers contre le nouveau ministre de l’identité et de la culture canadienne Marc Miller me fait grincer des dents! On l’accuse de nier le déclin du français au Québec, alors que ce qu’il a dit, c’est qu’il est tanné — comme bien du monde, dont moi — qu’on se serve de cette situation (qu’il n’a pas niée) pour faire de la politique identitaire et électoraliste — la CAQophonie, quoi!

Aussitôt, François Legault a grimpé dans les rideaux pour décréter, avec toute sa médiocrité chronique, que Marc Miller est « une honte pour tous les Québécois et qu’il dit des conneries ». D’une part, je n’autorise pas ce petit politicien, bien plus en déclin que le français, à s’exprimer en mon nom; d’autre part, si honte il y a chez moi, c’est bien plus quand je l’entends lui, déblatérer ses préjugés de bas étage sur les nouveaux arrivants dans un discours xénophobe et, oui, électoraliste et identitaire!

Et v’là ti pas que le petit (je ne parle pas ici de sa taille…) St-Pierre-Plamondon se jette dans la mêlée pour insulter les différents représentants culturels — Rideau, UDA, etc. — qui ont simplement félicité Marc Miller pour sa récente nomination (avant ses propos sur la situation du français, rappelons-le). De plus en plus à droite, de plus en plus collé sur la vision tronquée de la CAQ, PSPP a accusé de rien de moins que de « vacuité intellectuelle » les porte-parole du milieu artistique et culturel, qu’il considère probablement aussi maintenant comme des wokes.

Il fera beau voir celui qui sera probablement Premier ministre du Québec dans moins d’un an, solliciter le soutien et la participation des artistes et gens de la culture qu’il insulte mesquinement et méchamment aujourd’hui pour le référendum qu’il promet toujours de tenir. En termes de stratégie et d’éthique, il serait difficile de faire pire.

Y a-t-il un ou des copilotes dans l’avion péquiste?

Plume, Pierrot et moi

La véritable histoire de la Sainte-Trinité
Pierre Doc Landry, Septentrion

Ce curieux Docteur Landry — dans le sens empreint de curiosité, pour notre plus grand bien — n’en est pas à ses premières armes. Et l’arme en question n’est pas un bistouri — Belzébuth nous en préserve —, mais bien sa plume, ou disons plutôt son clavier. Qu’il manie plus que bien.

Plume, Pierrot et moi est le 13e ouvrage de Pierre Landry, résidant du Bas-Saint-Laurent de longue date et collaborateur depuis plus de 25 ans du Mouton NOIR. Et c’est fort probablement celui des 13 qui cartonne le plus. Et pour cause. Versant souvent dans les récits historiques régionaux, Pierre Doc Landry, l’un des tiers du mythique groupe La Sainte-Trinité, qui a écumé la scène musicale underground — et overground — du Québec, de Percé à Montréal, à l’aube des années 1970, signe ici un livre qui nous entraîne, avec moults détails, dans les sillons d’une période cruciale de l’émancipation culturelle et politique de notre demi-pays (comme dit Jean-François Nadeau) et, plus globalement, de la jeunesse de partout dans le monde où cela pouvait se faire.

« C’est un lieu commun, de l’histoire contemporaine et de la sociologie que de caractériser les années 60 par l’éclatement du « phénomène jeunesse », c’est-à-dire la montée, dans l’ensemble de l’Occident, de cette nouvelle génération, dont la présence tapageuse ébranle les structures les mieux établies et dont l’esprit, les mœurs et les attentes provoquent la révision
ou le déclin des codes et des traditions les mieux ancrés.
Époque charnière, époque à la fois étrange et miraculeuse,cette décennie a pris avec le temps l’aspect d’une véritable épopée.
 »

François Ricard, La Génération lyrique,
cité par Pierre Doc Landry en ouverture de son livre

 La Sainte-Trinité, née d’une rencontre fortuite à Percé à l’été 1970, c’était Plume Latraverse, alias Dieu la Mère, Pierre Docteur Landry, alias Dieu le Vice, et Pierrot Léger, également appelé Pierrot-le-fou, dit Dieu le Sain d’esprit.

Mais Plume, Pierrot et moi, c’est bien plus que l’histoire de la Sainte-Trinité. C’est un véritable portrait d’époque, parsemé de photographies et d’archives, qui ravivera la mémoire de celles et ceux qui l’ont vécue et qui les ravira, je n’en doute aucunement. Il « instruira » aussi les plus jeunes, férus d’histoire — dont celle dite « sexe, drogue et rock’n’roll » —, qui aiment savoir d’où ils viennent pour mieux voir où ils vont.

Sous forme autobiographique, pour sûr flyée, souvent drôle, parfois touchante — notamment, cette carte postale envoyée de Grèce par son avocat de père, attristé par les dérives de son rejeton [1], qui débute ainsi : « Ici, les ruines sont superbes. Et toi, comment vas-tu ? » — Doc Landry livre le récit des folles tribulations de la Sainte-Trinité, en les mettant en parallèle avec des événements-phares de notre société, dont certains, survenus plus tôt, avaient sans aucun doute nourri le caractère réactif du groupe, comme ceux-ci, de 1968 à 1970 :

  • Le lancement du livre-pamphlet Nègres blancs d’Amérique, de Pierre Vallières;
  • Le spectacle Poèmes et Chants de la Résistance, au bénéfice de ce même Vallières et de Charles Gagnon, felquistes emprisonnés à New York, qui réunissait entre autres sur scène les Vigneault, Miron, Gauvreau, Duguay et Michèle Lalonde (deux ans avant la première lecture de son magistral Speak White, lors de la Nuit de la Poésie 1970, au Gésu;
  • Le Lundi de la matraque, à la Saint-Jean, où le fendant Pierre Elliott Trudeau regardait du haut de la tribune « d’honneur » les émeutes qui provoqueront 292 arrestations et feront plus de 135 blessé-es, la plupart par les policiers à cheval qui chargeaient la foule, matraque en main.
  • En 1969, la Maison du pêcheur, à Percé, et l’expulsion sauvage avec les boyaux des pompiers par des rednecks locaux; le Doc Landry en a pris plein la gueule, comme la cinquantaine de jeunes sur place.
  • L’incontournable Crise d’Octobre 1970, avec, comme principaux commettants, les « tenanciers » et compagnons d’expulsion de l’été de Percé, les frères Paul et Jacques Rose et Francis Simard, qui avaient enlevé le ministre de « l’Assimilation et du Chômage », Pierre Laporte, et seraient ensuite emprisonnés pour leur responsabilité dans la mort de ce dernier. Et bien sûr, l’immonde loi sur les mesures de guerre, venue d’un autre trio, bien plus lugubre; Drapeau, Bourassa et Trudeau!

À cette époque, la Sainte-Trinité performait presque tous les soirs à L’Imprévu de l’hôtel Jacques-Cartier, dans le Vieux Montréal, souvent devant quelques policiers de la GRC en civil, qu’ils saluaient gaiement en début de spectacle. Le groupe était surnommé la Cellule Divertissement. Puis, ils déménageraient leurs pénates — et leur mascotte, la poule Rita Picard — au sous-sol de l’hôtel, dans une discothèque fermée depuis deux ans, la Lunathèque, convertie en cabaret uniquement dédié à la Sainte-Trinité : Chez Dieu.

Pitou Pitou Pitou Pitou_ou Waa
Minou Minou Minou Minou_ou Waa!
Bonsoir, mesdames, mesdemoiselles et mes cieux,
Mangez d’la marde et bienvenue chez Dieu
Sortez vot’grass, on va s’faire un party organisé
Par la Sain_te-Trinité »


[1] On eut souhaité que le paternel ait une vision prémonitoire de ce que ferait fiston Doc bien après ses expériences de jeunesse; maîtrise en littérature, directeur d’un journal d’opinion, directeur d’un musée, président de la Société des musées québécois et auteur de plus d’une dizaine d’ouvrages. Mais il faut dire que le père gardait espoir comme en font foi ces mots : « Sûrement, il doit exister un peu d’ambition saine dans cet être irremplaçable que tu es. »  

Salut et merci pour tout, Pierre Foglia

J’ai retrouvé, avec joie, ce texte que j’avais écrit en août 2002, à Carleton-sur-Mer, pendant le symposium de création in situ H2O Ma Terre, pour ma chronique Le Stylo sauvage, qui paraissait alors dans le journal Le Mouton NOIR. J’y parlais de Charles Bukowski, mais aussi et surtout, de Pierre Foglia. Mes hommages, MONSIEUR Foglia. Et j’offre mes condoléances à sa famille et à ses proches

LE STYLO SAUVAGE AOÛT 2002

Coincé dans les bras d’une vie folle. Locked in the arms of a crazy life. C’est le titre d’une biographie de Charles Bukowski signée par Howard Sounes et éditée par Black Sparrow Press. L’an dernier, Pierre Foglia en avait parlé dans l’une de ses chroniques dans laquelle il parlait aussi du Mouton NOIR, « un journal d’humeur du Bas du Fleuve », disait-il. Foglia disait combien ce livre est excellent. Je le réaffirme en ouvrant ici une parenthèse : monsieur Pierre Foglia n’aime pas que ces lecteurs l’appellent familièrement Foglia. Il a bien raison. Ce n’est pas parce qu’il nous touche avec presque toutes ses chroniques qu’il devient un intime. Qui plus est, on n’appelle généralement pas nos intimes par leur nom de famille. Mais question de taper un peu moins de caractères — il comprendra, il était typographe — convenons dès maintenant qu’il y a un « monsieur » aspiré — et bien senti — à chaque fois que j’écris simplement Foglia. Fermeture de parenthèse et retour à la précitée chronique.

Dans son commentaire sur Locked in the arms of a crazy life, Foglia révélait que Charles Bukowski était l’écrivain qui l’avait le plus influencé pour qu’il veuille faire de son écriture son gagne-pain. Ça m’avait franchement étonné. Parce que Bukowski et Foglia sont aux antipodes l’un de l’autre. Mais rien ne dit que l’on ressemble à ses influences. Et c’est ici fort heureux. Une fois assimilé ce constat, cette révélation a fait se rejoindre deux fils dans ma tête. Fils comme dans fil au singulier, car on sait bien que ce qu’on a dans la tête, ce n’est rien de plus que ben ben du filage. Bref, il y a deux fils qui se sont rejoints parce que si j’aime énormément l’écriture de Charles Bukowski, moi, celui qui m’a le plus influencé à écrire, c’est Pierre Foglia.

Charles Bukowski était un salaud, un gros dégueulasse, un bagarreur — qui ne frappait pas toujours que des hommes — qui était continuellement saoul, saoul dans le genre excessif. Boire, vomir, continuer, avoir mal au bloc, recommencer… De fait, il utilisait beaucoup le terme anglais « hangover ». Il pouvait écrire des saloperies sur ses amis et encore pire sur des gens de son entourage à qui il ne portait pas d’affection particulière. Mais Bukowski écrivait autant qu’il buvait et il le faisait de façon sublime.

Charles Bukowski, enfant battu par son père et rejeté par ses proches dès son jeune âge, est l’un des plus grands poètes qu’aient portés les États-Unis profonds. Rien que les titres de ses recueils sont des œuvres : Love Is a Dog from Hell, Playing the Piano Drunk/ Like a Percussion Instrument/ Until the Fingers Begin to Bleed a Bit, The Last Nights of the Earth Poems. Assis dans son antre à écriture devant sa vieille dactylo et son cendrier plein, il transposait son univers sale et médiocre dans une poésie extraordinaire. Pas une poésie à rimettes, une poésie qui pue, qui sue, qui se promène le fond de culotte à mi-cuisse et la bedaine de bière à l’air. Une poésie vivante qui regorge d’images, de richesse et de vie, si sale soit-elle.

Bukowski, quand il connut le succès, devint un être totalement imbu de lui-même. Quand il était saoul. Donc tôt, souvent et longtemps. Il regardait de haut la faune humaine qui l’entourait tout en sachant qu’il en était partie prenante. Il se vouait le même mépris qu’à la société. Mais il ne gueulait pas, n’était aucunement engagé et n’a jamais cherché à influencer qui ou quoi ce soit, sinon le chiffre de ses ventes. Il n’avait rien à foutre de critiquer les tares du système, si pourri pouvait-il être.

Je ne connais pas Pierre Foglia autrement que par ses chroniques. Mais je sais qu’il mène une vie infiniment plus ordonnée que celle de Charles Bukowski. Ses brosses, il les prend à grands coups de bols d’air, en vélo à Saint-Armand et un peu partout sur sa planète. Foglia n’est pas un poète, du moins pas officiellement. Mais j’ai encore en tête des phrases de ses chroniques écrites il y a bien des années. « Il n’y a rien de dangereux à se mettre la tête dans la gueule d’un lion. Essayez donc de lui mettre un doigt dans le cul. » Ou sur le Salon de la Femme et la goberge — c’est nouveau, ce poisson-là ? — aromatisée dans du bouillon d’andouille. Ou sur cet agent de sécurité aux Jeux olympiques d’Atlanta, accoutré de telle sorte qu’il n’aurait pas eu besoin de sa cocarde SÉCURITÉ pour qu’on ne le confonde pas avec une perdrix. Avec une perdrix, chose! Et quand Foglia couvre le Tour de France, il parle des petites auberges et des spécialités locales. Rien que pour ça, j’aime déjà énormément Pierre Foglia. Mais aussi parce que, contrairement à celui de Bukowski, l’univers d’écriture de Foglia est mû par un sens profond de l’indignation. À une époque où le « qu’est-ce que tu veux qu’on fasse ? » a cours plus que jamais, Foglia ne cesse de mettre le doigt sur les plaies de notre société, d’arracher les plasters placés dessus plus pour les cacher que pour les guérir, de nous foutre en pleine face ses blues de la bêtise humaine. Bref, Foglia s’indigne de ce qui devrait tous nous indigner.

Et les quelques sorties publiques auxquelles il s’est prêté à contrecœur ont révélé un être d’une grande humilité qui refuse de se voir comme un modèle pour ceux qui choisissent d’écrire. Mais au fond, je crois qu’il sait très bien qu’il l’est et il a toutes les raisons d’en être fier.

En tout cas, moi, je lui lève bien haut mon chapeau et le remercie pour toutes les plumes critiques qu’il a aidé à faire naître un peu partout au Québec. Ces plumes qui écrivent essais, cinéma d’auteur, journaux d’opinions ou simples lettres de lecteurs. Pour le droit et le devoir de s’indigner.

Coups de gueule estivaux

Il fait beau une journée, il pleut le lendemain. Il refait beau, il repleut. Bref, toutes les conditions sont en place pour qu’on ait un été 2025 très propice aux moustiques suceurs de sang et ce, surtout quand, comme c’est mon cas, on vit sur le bord d’un lac entouré de forêt.

Et parlant bibittes, il y en a d’autres qui s’affairent à nous faire rager bien plus par leur bêtise que celles qui nous piquent; je nomme ici plus particulièrement les élu-es du gouvernement en déroute, que dis-je, en down hill à haute vitesse vers une éjection historique aux élections d’octobre 2026, celui de François Legault.

Voici donc mes coups de gueule de ce début d’été 2025 que j’intitule Bienvenue au CAQuistan, expression emprunté à mon ami historien et chroniqueur au Devoir, Jean François Nadeau.

12 juin
Journée typiquement caquiste en ce 12 juin! Le gouvernement Legault ramène son projet électoraliste éléphant blanc de troisième lien, sans pouvoir dire où il débouchera à Québec et encore moins combien il coûtera, et annonce du même coup qu’il refuse des funérailles nationales à Victor-Lévy Beaulieu.

Mais on mettra les drapeaux de l’assemblée nationale en berne le jour de ses funérailles!

Minable! Honteux!

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14 juin
Du gros n’importe quoi! Comme de plus en plus et trop souvent! François Legault a depuis longtemps renié ses convictions indépendantistes pour plutôt se vautrer dans un nationalisme identitaire électoraliste qui pue le racisme et l’intolérance. Et maintenant, à Paris, comme pour se justifier et se complaire dans sa rétroaction politique, il s’autorise à réinterpréter le « Vive le Québec libre » du général De Gaulle, en 1967, à Montréal.

« Je pense que René Lévesque l’a pris au premier degré, c’est correct, mais c’était aussi pour dire que le peuple [québécois], la nation québécoise doit s’affirmer dans le Canada. »

Du gros n’importe quoi! Comme de plus en plus et trop souvent!

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24 juin (ici, je lance un coup de chapeau plutôt qu’un coup de gueule, suite au décès de Serge Fiori…)

Le décès de Serge Fiori me ramène à une histoire arrivée au début août 1977, histoire que je me suis toujours trouvé très très chanceux d’avoir vécue.

Au retour d’un long périple sur le pouce du Bas Saint-Laurent jusqu’à l’île du Prince-Édouard en passant par Shediac, au Nouveau Brunswick, puis de l’Île jusqu’à Montréal, j’étais allé un soir, avec des amis, à la Fête des Voisins, à Laval, qui se tenait dans un très grand parc. Il y avait, ce soir-là, 200 000 personnes dans ce parc si grand qu’il y avait deux scènes, une à chacune de ses extrémités. Mes amis et moi étions près de la scène où allaient jouer, l’un après l’autre, Louise Forestier, le groupe Lougarou, qui allait devenir Garolou, Diane Dufresne et finalement, Harmonium.

Au tout début du spectacle d’Harmonium, Serge Fiori nous dit, presque solennel : « Ça nous fait très plaisir de jouer ici ce soir, car c’est notre dernier spectacle au Québec. Nous partons en tournée en Europe et après, nous arrêtons ». Je me souviens comment tout le monde alors se regardait, incrédules, comme si ce que nous venions d’entendre ne se pouvait tout simplement pas. Ils étaient au sommet du succès et ils n’avaient produit que trois disques. Trop tôt. Voyons donc, on a mal compris… c’est pas ça qu’il a dit…

Avant même que nous ayons pu reprendre nos esprits, Fiori poursuit : « Nous allons jouer ce soir beaucoup de chansons, dont certaines plus vieilles comme celle-ci » et il enchaîne avec Pour un instant.

Beaucoup de chansons, qu’il avait dit. Et comment! Nous avons, ce soir-là, reçu, trippé, dégusté, emmagasiné toutes les chansons des deux premiers albums et toutes les meilleures pièces de L’Heptade; deux heures et demi de musique que nous serions, au Québec, les derniers à voir.

Vous comprenez pourquoi je pense depuis 48 ans et que j’écris ce soir que je suis très très chanceux d’avoir vécu cette soirée.

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27 juin
Comme à chaque année, à l’approche du 1er juillet, on nous parle des nombreuses familles et personnes qui seront toujours à la recherche d’un appartement à cette date. Si les locataires avaient suivi le très avisé conseil de la propriétaire et, accessoirement, ministre de l’Habitation France-Élaine Duranceau et avaient investi en immobilier, tout le monde aurait son petit nid douillet le 1er juillet. Que la vie est belle au CAQuistan!

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3 juillet
Je viens de recevoir une annonce d’Amazon m’offrant de me protéger contre les arnaqueurs. On ne précise pas s’il est question de Jeff Bezos ou de l’un de ses semblables…

4 juillet
Comme il va nous faire du bien de montrer la porte à cette ministre de l’Habitation, bien plus ministre des propriétaires de logements (ce qu’elle est elle-même) que des locataires. Faut-il être assez décrochée de la réalité pour émettre une telle grossièreté.

https://www.facebook.com/reel/1071339181621501

Bienvenue au CAQuistan!

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8 juillet
La ministre des Transports et du Troisième Lien, Geneviève Guilbault, dit avoir besoin d’ici le 16 juillet de 275 millions $ pour poursuivre le projet qu’on estime maintenant aux environs de 10 milliards $ et qui, faut-il vraiment le rappeler, n’est appuyé par aucune étude sérieuse d’experts. C’est un projet en tous points électoraliste pour un parti qui sera éjecté du pouvoir dans moins de 15 mois.

Pendant ce temps, de l’aut’ bord du fleuve, le jovialiste ministre Drainville jongle avec des coupures de plus de 530 millions en éducation, principalement dans les services aux élèves.

Eh oui, encore une fois, tout le monde ensemble :

Bienvenue au CAQuistan!

Mais n’oublions pas que le CAQuistan sera bientôt démantelé…

Je vous souhaite un très bel été. Merci de me lire!

On est en élections… Tant pis! Et les images restent…

Ça y est, la campagne des élections fédérales est lancée… Cinq semaines durant lesquelles on entendra parler — un peu — d’autre chose que de Trump, Vance, Musk.

Le PLC part sur un nouveau pied de guerre avec son banquier — les Français rigolent; c’est à votre tour! vous verrez bien… 

Dans son coin, là-bas, à droite, à l’extrême droite, le réactionnaire-conservateur Poilièvre, qui est sur une glissade digne du Red Bull Crashed Ice (tiens, Red Bull, l’image lui va bien, du moins le Red, parce qu’il a le Bull plutôt mou…) essaie de se distancer de Trump. Mais les images restent!

Bien sûr, sur le plan national, il y a aussi le NPD. Qu’en dire? Voilà.

Et au Québec, le Bloc québécois continuera de faire valoir son rôle d’oppos… zzz zzz… oups, excusez-moi.

De trésors enfouis… ou trop peu connus

Une fin d’après-midi d’un dimanche de février, en attente d’une autre tempête de neige, j’écoute le disque « La Traversée », de Gilles Bélanger, qui date de 1980. Quel trésor méconnu! De magnifiques chansons, profondes, touchantes, d’une qualité d’écriture de haut niveau. La Traversée et Lettre de Élise à Albert sont de petits chefs-d’œuvre de chansons; L’Alphonse, Last Call et Le Naufragé les suivent de près, mais TOUT est bon sur cet album. Probablement vendu à seulement quelques centaines de copies à l’époque — je me souviens de piles de cet album entreposées dans des placards de la radio communautaire de Rimouski où je travaillais — cet album mériterait grandement d’être relancé, comme l’ont été quelques albums de ces années.

Ça fait dix ans tu m’avais dit un an
Le temps de faire un peu d’argent à l’Expo
Les Olympiques t’ont rentré d’dans
Encore un an tu m’as dit c’est l’gros lot
Pi la Baie James t’a harnaché
À tous les trois a m’passe dix jours
Un gars trop saoul pour faire l’amour
Ça valait pas le coup de s’déraciner »

Après l’écoute de La Traversée, de Gilles Bélanger, je passe à NIL EN VILLE, de Jocelyn Bérubé, ami de longue date et petit cousin par je ne sais trop quelle fesse.

Quel texte, quel cri du cœur, quel triste et vrai portrait de la vie des déportés de l’un de ces villages gaspésiens fermés par le Bureau d’aménagement de l’Est du Québec (BAEQ) au début des années 1970. 53 ans après la fermeture de Saint-Nil et 48 ans après la parution de l’album Nil en ville (1976), ce texte magistral, écrit sur un coup de cœur et de blues à l’âme en peu de temps sur le coin d’une table de bar, frappe encore en plein front, en pleine gueule, en plein cœur.

Quand ta maison flambait
Dans la brumante des déportements
Tu regardais en chagrin par en haut
Devant ta maison qui brûlait
Tu voyais un oiseau qui chantait

Nil, coq éméché, encore passé tout droit,
Oiseau à pied, pillé, volé et passé au feu,
Devenu déporté, transposé
Adapté au courant

(…)
Peut-être que tu campes tous les soirs
Dans une des mille tavernes,
Attendant pour lever d’ton siège
De t’faire claironner
Un « Last call » d’humeur massacrante dans les oreilles,
Comme le glas d’une autre défaite : ton œil frippé,
Voyant en double les tables désertées et jonchées de bouteilles,
Comme des cadavres de champs de bataille.
Nil en ville, sans famille, sans village, et sans pays,
Tu portes enfin ton nom.

(…)