Mes hommages, Monsieur RALPH TOWNER

Le guitariste, pianiste et grand compositeur Ralph Towner est décédé à l’âge de 85 ans le 18 janvier 2026, en Italie, où il vivait maintenant. Découvert à la fin des années 1970 avec le groupe Oregon, dont il était le fondateur et le principal compositeur, il est l’un des musiciens que j’écoute depuis le plus longtemps et de façon très régulière. Il a été auparavant membre de The Winter Consort, qui portait le nom du saxophoniste Paul Winter, même si, aussi au sein de cet ensemble, Ralph Towner était le principal compositeur.

Ses disques solos Diary, Ana, Anthem, My Foolish Heart et At first light 1, enregistré en 2023, alors qu’il avait ses 83 ans bien sonnés, sont de petits bijoux. Il a joué et enregistré avec les plus grands musiciens du jazz contemporain, Gary Peacock, Eberhard Weber, le grand vibraphoniste Gary Burton — leur album duo Matchbook (1975) est magnifique —Jack DeJohnette, décédé tout récemment, John Abercrombie, Eddie Gomez et même avec Bill Bruford, sur un excellent album jazz de ce dernier, If Summer Has Its Ghosts, sur lequel joue aussi Eddie Gomez.

Son chef-d’œuvre est Icarus, qui a été reprise par de nombreux musiciens et qu’il a lui-même adaptée et interprétée sous différentes formes. Aurora 2 et The Silence of a Candle sont aussi de grandes pièces.

J’avais fait une photographie de lui lors d’un concert d’Oregon, à Québec, en décembre 1978 (photo ci-haut). Il était venu à Rimouski avec cet autre grand guitariste, John Abercrombie, environ trois ans plus tard, pour un concert duo à la salle Georges-Beaulieu, qui restera pour moi l’un des meilleurs spectacles que j’ai vus dans ma vie. Je l’avais abordé après le test de son, fait en après-midi, pour lui montrer cette photographie de lui, dont j’étais très fier. Il me dit aussitôt : « Oh, yes, I remember those shoes. You know, that’s how I situate myself in time, by looking at the shoes I had! ». Il trouva la photo très bonne et me conseilla de l’envoyer à la compagnie de disques ECM, ce que je ne fis jamais, bien sûr.

Chapeau et merci, cher monsieur Towner, votre musique, que j’écoute depuis près de 50 ans, continuera de m’accompagner encore longtemps. Toute ma vie, en fait.

  1. Ce lien contient une présentation par Ralph Towner de son parcours de compositeur et de ses liens avec la compagnie ECM, qui a produit tous ses albums. ↩︎
  2. Version de l’album Matchbook, avec Gary Burton. ↩︎

HALF MOON RUN, le choc créatif

HALF MOON RUN, 14 décembre 2023, Montréal, avec ma fille Florence. Ce spectacle est mon cadeau d’anniversaire du printemps dernier. Super beau cadeau, mais… manière boomerang, si l’on considère que, mine de rien, c’est un peu moi qui lui ai fait connaître ce groupe…

Half Moon Run a, chez moi, de l’histoire — ou, à tout le moins, des histoires.

Une journée de printemps, en 2012, je vais porter sur l’heure du midi des feuillets publicitaires pour Spect’Art chez Audition Musik. Arrive alors sur le fait Sébastien Raboin, investi de la même mission que moi, mais pour Paralœil…

« Hey! C’est super bon, le band que tu m’as fais connaître! », dit-il au disquaire.

« De quoi vous parlez? », rétorquai-je aussitôt, une fois ma petite pile de flyers judicieusement placée sur le coin du comptoir.

« Half Moon Run, un nouveau groupe anglo du Québec. Va écouter ça, leur disque est dans un des postes d’écoute », me dit le sympathique disquaire.

Ce que je fis aussitôt. Une toune, Full Circle, deux tounes, Call me in the afternoon, quatre, cinq, juste WOW!!!

Revenu au travail, je dis à mon chum Guy : « Va écouter Half Moon Run sur ton ordi, c’est capotant! » Il ressort après cinq minutes, éberlué comme moi. « Il faut qu’on en parle à Jacques » (l’autre, le boss…)

Quelques mois plus tard, au lit, je fais entendre ça à mon amoureuse de l’époque. Première toune : Wow! , deuxième : Ben voyons! , troisième : C’est donc ben bon! et ainsi de suite.

Quelques autres mois plus tard, Half Moon Run fait pratiquement salle comble à la salle de spectacle de Rimouski — qui, souhaitons-le, changera bientôt de nom. Je me rappelle tous ces gens à qui j’avais dit de ne pas manquer ce spectacle qui me remerciaient du regard en sortant, même s’ils ne connaissaient pas le groupe avant de les voir ce soir-là.

Deux ou trois ans plus tard, peu après la sortie du deuxième album, Sun leads me on, je les revois à la même salle de spectacle — qui, si l’on s’y met tous, changera bientôt de nom — et mon chum Bertin me dit entre deux tounes : « Penses-tu qu’il y a quelqu’un dans le monde qui voit un meilleur spectacle que nous ce soir ? » Sur le coup, je me dis qu’il exagère, mais quelques minutes plus tard, je lui réponds Non!

Bref, presque 12 ans plus tard, je suis avec ma fille au M Telus — autre nom de merde! —, debout, avec 3 000 autres personnes toutes aussi conquises que moi. Et quelques fois durant le spectacle, ébahi devant ce que je me permets ici d’appeler la perfection, j’ai pensé… aux Beatles! Non, je ne suis pas encore assez fan fini ou fou pour comparer le génie des premiers avec celui du quatuor de Liverpool. Et je ne prétendrais jamais que la musique d’Half Moon Run ressemble à celle des Beatles. Mais je me disais en les regardant jouer et en les écoutant que comme celle de Lennon et McCartney, la rencontre de Conner Molander, Dylan Phillips et Devon Portielje a été un choc créatif immense qui a permis la réalisation de, jusqu’à ce jour, quatre albums tous aussi bons l’un que l’autre.