Coups de gueule (et de chapeaux) de fin et de début d’année

30 janvier
L’émission Enquêtes, de Radio-Canada, présente un reportage sur le naufrage du sous-marin touristique Titan, survenu en 2023. Quatre millionnaires, dont le propriétaire du Titan et l’explorateur sous-marin français Paul-Henri Nargeolet se trouvaient dans le sous-marin, qui tentait d’atteindre l’épave du Titanic, à 4 000 mètres de profondeur. Coût par client : 300 000 $.

À peu près en même temps que le Titan disparaît des radars, un bateau ayant à son bord 750 migrants, adultes et enfants, originaires de pays pauvres ou fuyant la guerre, chavire au large du Péloponnèse, en Grèce.

Une mobilisation internationale s’organise rapidement et est menée durant plusieurs jours. Pour venir en aide aux migrants naufragés? Non. Pour tenter de retrouver le Titan et surtout ses richissimes passagers. Les gardes-côtes, des militaires canadiens et américains et des navires privés ont été mobilisés dans les heures suivant la perte de contact avec le sous-marin. Des équipements spécialisés pouvant atteindre la profondeur de l’épave du Titanic ont été envoyés de France. Mais le Titan a implosé et ses cinq passagers sont morts. De l’autre côté, les autres, les pauvres, sont laissés en détresse pendant des heures, de sorte que seuls 104 passagers ont survécu. 650 à 5!

Deux ans plus tard, Enquêtes cherche des détails pour savoir ce qui s’est passé avec le Titan et a même produit un balado sur l’enquête, qui est disponible sur Ohdio. Et bien sûr, pas un mot sur le parallèle deux poids, deux mesures, des opérations de sauvetage.

21 janvier
Un coup de chapeau… pour continuer cette page de coups du gueule…

Le dernier membre de The Band, l’un de mes groupes préférés (je peux même dire groupe-culte dans leur cas), Garth Hudson, est décédé le 21 janvier 2025, à l’âge vénérable de 87 ans. Il était l’organiste et accordéoniste du groupe, qui était composé de quatre Canadiens, dont lui, et d’un Américain, le batteur et chanteur Levon Helm. Chapeau, monsieur Hudson, vous qui en portiez souvent de très beaux.

Pendant ce temps, au Caquistan
Bon, mononc’ François s’est trouvé un os à gruger pour essayer de remonter dans les sondages. Après avoir protégé les Québécois-es contre la COVID, il va maintenant nous protéger contre les tarifs douaniers du méchant Donald.
Vous vous sentez rassurés? Qu’est-ce qu’on dit à mononc’ ?

17 janvier
Via Rail vient de lancer une campagne de publicité télé. Une petite fille, Emma, sort de la salle où elle jouait avec son train électrique Via et lui dit : « sois sage ». N’aie crainte, Emma, les trains de Via sont très très sages dans le Bas-Saint-Laurent et la Gaspésie.

Le slogan de cette campagne : Via Rail, nouveaux trains, nouvelle ère.
Ah oui? Quoi de neuf, du service en région?

15 janvier
Autre coup de chapeau, celui-ci en forme de grand salut à un ami

Plusieurs Rimouskoises et Rimouskois, dont je suis, viennent de perdre un ami très attachant, Denis Chassé. Ce cher ami Denis, que j’ai connu au début des années 1980, était passé de l’enseignement du français au Cégep de Rimouski au culturisme, où il était vite devenu champion canadien de lever de poids. Toujours passionné de littérature et de culture, Denis, qui savait trouver des mots d’esprit savoureux, disait : j’ai changé les livres pour les kilos! Une journée où, lendemain d’une soirée trop arrosée, c’était plus difficile pour moi sur la bicyclette stationnaire du centre d’entraînement où il travaillait, il m’avait dit : « Jacques, il y a un temps pour s’entraîner et un temps pour se laisser entraîner… »

Un autre souvenir de Denis : à l’époque des réunions de conseil municipal de Rimouski où le ton montait vite quand les discussions portaient sur le sempiternel projet de salle de spectacle, le conseiller Gilles Thériault, très vif de caractère — un euphémisme! — avait menacé de s’en prendre physiquement à Eudore Belzile, qui, au micro dans la salle, venait de qualifier l’ex-maire de Rimouski, Philippe Michaud, de « pharaon sans pyramide ». Nous étions plusieurs collègues et ami-es du milieu culturel assis ensemble dans la salle et, dès que nous avons entendu les menaces du conseiller, nos regards se sont tous portés, allez savoir pourquoi (!), vers Denis Chassé. Les bras croisés sur son énorme torse, Denis a opiné du bonnet en nous faisant un petit sourire complice. Je ne peux m’empêcher d’écrire ici que, depuis ce temps, j’ai toujours un peu fantasmé en imaginant la scène qui aurait eu lieu si le conseiller Thériault s’était levé pour passer aux actes et que notre cher colosse de Rhodes rimouskois s’était lui aussi levé pour rejoindre Eudore près du micro!!!

On lui avait d’ailleurs demandé, après la séance du conseil, ce qu’il aurait fait si le conseiller s’était levé. Denis nous a répondu : « je lui aurais dit : voulez-vous vous rasseoir, s’il vous plaît, monsieur Thériault ». Je pense qu’il l’aurait fait.

Je précise aussi que, suite à la demande du conseiller Thériault lors de cette mouvementée séance, Eudore Belzile avait retiré son « pharaon sans pyramide »… pour le remplacer par « fanfaron pyramidal »!

Bon voyage, mon cher ami Denis. Comme tout le monde qui te connaissait, je t’aimais beaucoup.

12 – 13 janvier
Salut et gros gros mercis, Madame Kim

Kim Yaroshevskaya, notre Fanfreluche, est partie raconter ses histoires à d’autres enfants. J’avais fait une entrevue avec elle et le conteur Jocelyn Bérubé en 2002 à Trois-Pistoles, dans le cadre du festival des Grandes Gueules. C’est l’un des plus beaux souvenirs de toute mon aventure au Mouton NOIR. Elle était totalement charmante.

Et je viens de retrouver avec une grande bouffée de bonheur cette photographie que j’avais faite de Madame Kim (comme je l’appelais) et de mon cher ami Jocelyn pour cette entrevue. Jocelyn faisait le grand méchant loup qui voulait dévorer la petite Kim.

J’ai un beau et drôle de souvenir à partir de mon entrevue avec Kim Yaroshevskaya et Jocelyn Bérubé, en 2002, à Trois-Pistoles, pendant le festival des Grandes Gueules. Je passe chercher madame Kim à son motel pour ensuite rejoindre Jocelyn dans un restaurant pour l’entrevue, qui porte sur le conte et sur leur rôle respectif dans le domaine. En chemin, je dis à madame Kim que je reviens tout juste d’un symposium d’art in situ, qui s’est déroulé à Carleton. Posant sa main sur mon bras, elle me demande, avec sa jolie voix flûtée : « Jacques, qu’est-ce que c’est l’art in situ ? ». Je lui explique alors, en quelques mots, que c’est une forme d’art ou l’artiste crée une œuvre dans laquelle le site de création, la forêt, la berge, le cours d’eau, est intégré. « Ah bon », dit-elle.

Jocelyn nous rejoint au resto et on fait l’entrevue, qui s’avère bien plus pour moi, un ex-enfant de la Boîte à surprises, une rencontre amicale. Nous parlons du conte dans les émissions pour enfants, de personnages, de l’histoire du conte, etc. Puis, je pose une question sur les différences qui existent entre eux deux comme conteuse et conteur. Madame Kim répond la première : « Toi, Jocelyn, tu fais du conte in situ… »

28 décembre
Fin d’année 2024 à Gaza : plus de 44 000 morts et plus de 100 000 blessés, dont de très nombreux enfants et des femmes qui n’ont rien à voir avec les fous du Hamas. 44 000 morts et 100 000 blessés « grâce » aux vendeurs d’armes comme le Canada aux criminels de guerre d’Israël. Et les centaines de millions $ récoltés font fermer les yeux de Trudeau et ses dociles caniches, à demi-anesthésiés par l’odeur du fric, devant le génocide qu’Israël fait à Gaza.

Dans 10 ans, dans 20 ans, Justin Trudeau aura été oublié (j’espère!) mais le monde entier se rappellera de l’inaction du Canada contre le génocide de Gaza.

De déportation et d’assimilation, d’assurance de supériorité et de résistance

Jacques Bérubé
Texte présenté comme travail de session au cours
Histoire des peuples autochtones en Amérique du Nord, Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue

Pakuashipi, territoire Innu, 1961
Après avoir forcé des mariages entre Innus de Pakuashipi, renommée Saint-Augustin par les colonisateurs français, et d’Unamen Shipu, renommée La Romaine, le curé Alexis Joveneau, un oblat belge installé depuis 1953 sur la Basse-Côte Nord du Québec, orchestre en 1961 la déportation de la petite communauté de Pakuashipi vers Unamen Shipu, sise à 250 kilomètres au sud-ouest, pour rassembler les deux communautés en un seul et même lieu.

La décision de la déportation des Innus — que le gouvernement appelait plutôt « déplacement » ou « relocalisation », le mot déportation étant trop porteur d’un sens historique négatif— était officiellement celle du gouvernement fédéral. Mais il est très probable que l’initiative avait été pensée et proposée au gouvernement par le curé Joveneau, en lui serinant qu’il serait plus facile de gérer un seul endroit — une seule réserve — et en lui faisant miroiter la rationalisation et surtout la rentabilisation des investissements du gouvernement. Et comme les fonctionnaires des « Affaires indiennes » n’étaient évidemment pas sur place, dans ces micro-communautés éloignées des bureaux où ils prenaient les décisions et entérinaient les mesures, Alexis Joveneau disposait donc de grands pouvoirs en tant que délégué de l’État.

Et pour le curé, la possibilité de convertir les Innus à la religion catholique sans avoir à traverser les 250 kilomètres qui séparaient les deux territoires en bateau ou en avion— il n’y avait pas de route — convenait très bien. Et avec ce qui a été révélé quelques années après le décès de ce prêtre abuseur, alcoolique et pédophile, on pourrait aussi croire que la déportation avait l’avantage de lui faciliter l’accès à ses victimes.

« La réunion ou l’assemblée s’est tenue au sous-sol de l’église, c’est le curé qui est venu nous en parler, il n’y avait pas d’agent du gouvernement, (…), c’est le curé qui est venu nous parler de ce déménagement. La raison qu’on nous avait donnée pour déménager, c’était parce qu’on n’était pas une grosse population à Pakua-shipu et le gouvernement voulait faire une réserve seulement. Le chef Tshan Mark (Shinapesht) lui a dit : ‘’On ne peut pas aller s’installer là-bas parce que nos territoires de chasse sont ici, dans l’intérieur des terres, on ne veut pas les quitter’’. Mais il insistait quand même, et en insistant ainsi, il a fini par les convaincre. » (AM, Unamen Shipu, octobre 2011) [1]

La déportation s’effectue donc en août 1961. Pendant 48 heures, 65 Innus de Pakuashipi étaient entassés dans la cale du bateau North Pioneer qui les emportait vers Unamen Shipu. Ils n’ont presque rien mangé et rien bu pendant les deux jours du voyage.

Madeleine Mestenapéo, qui était alors âgée de 18 ans, se rappelle le bruit de la porte qui s’est refermée au-dessus d’elle. Madame Mestenapéo se rappelle encore l’odeur. « Nous étions dans la cale du bateau. Ça puait. Ça sentait le poisson pourri. Les enfants pleuraient et tout le monde était apeuré. Même les chiens étaient dans la cale avec nous. » [2]

Au moment de la déportation, pour s’assurer de conserver une trace de lien spirituel, ils avaient emmené avec eux des poches de terre et de sable de Pakuashipi pour les répandre sur le sol à leur arrivée à Unamen Shipu et en faire la première terre sur laquelle ils posent les pieds.[3]

Pendant deux ans, ces Innus, à qui on avait promis maisons, nourriture et argent, ont vécu sous des tentes ou dans d’autres familles. Maintenus dans un tel état, ils souhaitaient retrouver Pakuashipi, mais le père Joveneau les menaçait s’ils partaient.

Mais en avril 1963, 19 Innus de quatre familles ont bravé les menaces du prêtre et, menées par Shimun Mestenapéo, qui s’était toujours opposé à la déportation, en venant même aux coups avec l’oblat Joveneau, elles ont décidé de revenir avec ce qu’il leur restait de biens dans leur territoire ancestral — Nitassinan — de Pakuashipi. Leur retour, fait à la marche et en canot, a duré un mois. Par la suite, d’autres déportés innus ont suivi l’exemple de ces familles et sont revenus à Pakuashipi, par bateau ou en hydravion.

Aujourd’hui, au sein de la communauté qui compte environ 300 personnes, Shimun Mesteapeo est considéré comme un héros pour le rôle de leader de la résistance face à la déportation qu’il a joué.

« Sans lui, et les autres qui ont marché pour revenir jusqu’ici, il n’y aurait plus d’Innus à Pakuashipi, explique Mika Tenagan, son arrière-petite-fille. Je suis vraiment fière de faire partie d’une communauté et d’une famille qui ont résisté. »[4]

Les mariages inter-communautés orchestrés par Joveneau se rapprochaient des pratiques d’accouplement ayant cours dans l’élevage d’animaux. De même, les conditions dans lesquelles s’est opéré la déportation des Innus de Pakuashipi à Unamen-Shipu étaient pratiquement similaires à celles du transport du bétail. Ces constats nous permettent de dire que, pour Joveneau et pour plusieurs de ses semblables, les Autochtones étaient considérés comme des races inférieures. Et on ne demande pas aux races inférieures la permission pour avaliser les décisions de la gent dominante.

La déportation des Innus de Pakuashipi par des colonisateurs arrivés sur la Basse-Côte Nord tard au XXe siècle représentait une véritable prise de contrôle sur une communauté qui habitait un territoire depuis des siècles. Cette sombre histoire de déportation est en soi un micro-exemple de ce qui s’est fait un peu partout en Amérique du Nord, notamment en Georgie, dont la législature vota en 1827 une loi qui invalidait une constitution et tous les traités signés par les États-Unis avec les Cherokees, qui déclarait que la Georgie était souveraine sur l’ensemble des terres comprises à l’intérieur de ses frontières et qui affirmait qu’elle pouvait prendre possession des terres occupées par les Indiens (sic) à sa guise.[5]

Encore là, on ne parla pas de déportation, mais bien d’émigration et d’échange de réserves de terres. Mais pour les Innus de Pakuashipi, pour les Cherokees et pour les autres nations autochtones qui ont subi le même sort à travers l’histoire, il s’agit bien de déportation, puisque ce mot signifie « dépossession d’un territoire auquel le peuple est attaché », ce qui était bien le cas de ces opérations.

L’assurance de supériorité
L’histoire coloniale d’Amérique du Nord regorge d’exemples de décisions ou d’actions qui portaient atteinte aux droits les plus élémentaires des Premières Nations et qui démontraient non pas le sentiment, mais bien l’assurance de supériorité qu’avaient les colonisateurs blancs sur les Autochtones.

Au Canada, les tristement célèbres déclarations et mesures racistes du premier ministre et responsable des politiques avec les Autochtones, John A. Macdonald [6] et de Duncan Campbell Scott, surintendant du ministère des Affaires indiennes [7] demeurent dans l’histoire comme preuves tangibles de la gouvernance odieuse des Canadiens sur les Premières Nations. Et cette gouvernance s’appuyait tout bonnement sur l’assurance de supériorité qu’avaient les « Blancs sur les sauvages ».

Les Métis étaient tout aussi mal considérés. Dans ses écrits sur les Métis de la Rivière Rouge, le géographe Étienne Rivard cite l’instituteur, avocat et journaliste Auguste-Henri de Trémaudan, natif du Québec et établi au Manitoba, qui, dans son ouvrage de 1936 Histoire de la Nation métisse dans l’Ouest canadien, décrit ainsi le mode de vie métis : « Comme peuple primitif, simple, de bonne foi, placé par la Providence dans une heureuse abondance de biens, et d’ailleurs sans beaucoup d’ambition, les Métis n’avaient presque pas de gouvernement. ».. Rivard cite aussi l’ethnologue français Marcel Giraud, dans Le Métis canadien: son rôle dans l’histoire des provinces de l’Ouest, écrit en 1945 : « Dans l’état actuel des choses, on n’entrevoit guère, pour ces groupes arriérés, de possibilité de relèvement. Leurs habitudes de vie, leurs défauts de caractère sont appelés à se perpétuer dans le milieu physique où ils ont fixé leur résidence et dans l’isolement de fait où ils sont relégués par les blancs, dont les qualités, par suite, leur demeurent étrangères. »[8]

La Loi sur les Indiens; le livre blanc de 1969
La loi sur les Indiens de 1876 est un véritable condensé des politiques colonialistes des gouvernements de l’époque qui établit que les Autochtones n’ont pas tous les mêmes droits que les autres Canadiens et Canadiennes. C’est sous cette loi qu’ont officiellement été créé les « réserves indiennes », dirigées par des conseils de bande, une organisation de gouvernance non traditionnelle, créée par le gouvernement canadien. Presque 150 ans plus tard, de nombreux Autochtones parlent toujours des réserves avec une très compréhensible rage et avec beaucoup d’émotion.

Pour plusieurs, le mot réserve signifie prison, enclos, limitation, contrôle, encadrement, sédentarisation. Le concept même de réserve repose sur une connotation de l’infériorité des peuples autochtones. C’est le conseil de bande, qui relève du gouvernement canadien, qui détermine, selon des règles établies par celui-ci, le droit de résidence des Autochtones sur une partie de territoire, un droit qui, jusqu’en 1973, n’en était pas un de propriété. Le gouvernement était le possédant et les Autochtones qui résidaient dans les réserves étaient des occupants sans propriété, considérés comme mineurs — sans droit de vote — et non comme des adultes.

En 1969, prenant pour prétexte la perception extrêmement négative qu’avaient les Premières Nations de la discriminatoire Loi sur les Indiens et prétendant vouloir instaurer l’égalité entre les Autochtones avec les autres citoyens, le gouvernement de Pierre Elliott Trudeau, avec Jean Chrétien comme ministre des Affaires indiennes et du Nord, tente, avec son livre blanc titré La politique indienne du gouvernement du Canada (Livre Blanc sur la politique indienne), de faire disparaître de la constitution toutes les allusions à l’Indien en révoquant la Loi sur les Indiens. Mais peut-on penser que ce projet de loi était aussi — ou surtout — motivé par le grand rêve de Trudeau : faire du Canada un grand pays homogène et uniforme, habité par une seule et grande nation, de culture canadienne, sans statuts distinctifs, bilingue ad mare usque ad mare. Pas d’Autochtones, pas de Québécois, pas d’Acadiens, pas de fermiers ukrainiens dans l’ouest, rien que des Canadiens. One and a same people in a large and beautiful country — « le plus meilleur pays du monde », dixit son valet Jean Chrétien. Les racines, l’histoire, l’héritage culturel ? On balaie tout cela sous le grand tapis unifolié.

On connaissait déjà le mépris ou même l’animosité de Pierre Elliott Trudeau envers les nationalistes et les indépendantistes du Québec. Mais finalement, ceux-ci n’étaient pas les seuls que Trudeau avait dans sa mire pour nourrir son grand rêve, qu’il était, heureusement, presque le seul à entretenir et qui s’est tranquillement éteint, faute de réalisme et de faisabilité. Il nous est donc permis d’affirmer, près de 60 ans plus tard, que le projet de loi du Livre blanc Trudeau-Chrétien n’était rien de moins qu’un plan d’assimilation dont les résultats auraient signifié un véritable génocide ethnoculturel. Comme l’a écrit le leader politique et auteur cri Harold Cardinal, en réplique au Livre blanc : « La politique présentée en juin 1969 est un programme voilé d’extermination par le biais de l’émancipation ».

Malgré toute son iniquité, la Loi sur les Indiens est la seule qui permet aux Premières Nations d’avoir une reconnaissance en tant que peuple et non pas comme une minorité intégrée au grand tout canadien, et cela peut en partie expliquer la réaction pratiquement unanime de rejet qu’ont eue les Premières Nations devant le projet fédéral de 1969.

La résistance, l’amorce d’un changement
Le retour des Innus d’Unamen-Shipu à Pakuashipi marquait un acte de résistance, voire de rébellion, contre le pouvoir occupant, colonialiste et religieux.

« Le fils de Shimun, Jérôme Mestenapeo, raconte que la marche de retour vers Pakuashipi avait permis un certain affranchissement vis-à-vis de l’autorité du prêtre oblat. À mesure que Shimun se rapprochait de ses terres ancestrales, il renouait avec sa culture, il faisait des cérémonies de purification à chaque campement, des tentes de sudation tous les soirs. Ces activités étaient auparavant interdites par le représentant de la foi catholique. »[9]

Cet acte de résistance et ceux qui ont suivi ailleurs au Québec ont, petit à petit, mené à une reprise en mains et au refus de la dépossession des Premières Nations et ont marqué le pas à la signature d’ententes historiques comme la Convention de la Baie-James et du Nord québécois avec les Cris et les Inuits en 1975, et la Paix des Braves, une entente politique et économique établie entre le gouvernement de Bernard Landry et les Cris, en 2002.

On pourrait aussi penser que les actes de résistance des Premières Nations ont inspiré les populations de villages du Bas-Saint-Laurent qui, en formant au début des années 1970 le mouvement citoyen d’opposition aux fermetures de villages et au déplacement des populations appelé Opération Dignité, allaient mettre fin aux opérations du bien nommé Bureau d’aménagement de l’Est du Québec, le BAEQ, qui avait précédemment fermé 11 villages gaspésiens et qui voulait alors « s’attaquer » au Bas-Saint-Laurent.

Et si… pour conclure
Toutes les évaluations et analyses des colonisateurs sur les façons de vivre des Premières Nations étaient faites à partir de leur propre vision des systèmes humain, social, politique et culturel, avec tout ce que cela entraîne en subjectivité et préjugés.

Et si… Que serait aujourd’hui la société nord-américaine si, plutôt que de la considérer comme primitive et « sauvage », les Européens qui ont colonisé l’Amérique du Nord s’étaient inspiré, ne serait-ce qu’en partie, de la philosophie holistique, humaniste et purement écologiste des Autochtones, qui considèrent les végétaux et les minéraux, comme les humains et les animaux, en tant que parties intégrantes et liées d’un écosystème ? Est-ce qu’empreints de cette façon de concevoir le monde dans lequel nous vivons, nous ne serions pas aujourd’hui plus respectueux de l’environnement, de la nature et des êtres vivants ?

Et si… Permettons-nous donc de rêver… à rebours.


[1]     Jérôme, Laurent. KA ATANAKANIHT : la « déportation » des Innus de Pakuashipi (Saint-Augustin). Recherches amérindiennes au Québec, 41 (2-3), 2011.

[2]     Lapointe, Magalie, Joveneau et Ottawa avaient un plan machiavélique de déportation, Journal de Montréal, 25 mars 2018

[3]     Gill-Couture, Jérôme, Commémorer, guérir, transmettre : la résilience des Innus de Pakuashipi, Radio-Canada.ca, juillet 2023

[4]     Gill-Couture, Jérôme, ibid

[5]     LARRÉ, Lionel, Histoire de la nation cherokee, Bordeaux : Presses Universitaires de Bordeaux, Collection Parcours Universitaire, 2014

[6]     « Lorsque l’école se trouve sur une réserve, l’enfant vit avec ses parents, qui sont des sauvages; il est entouré de sauvages, et bien qu’il puisse apprendre à lire et à écrire, ses habitudes, son développement et sa manière de penser restent indiens. Il est, simplement, un sauvage qui sait lire et écrire. On m’a fortement recommandé, en tant que chef de ce département, de préserver le plus possible les enfants indiens de l’influence parentale, et la seule façon d’y arriver serait de les envoyer dans des écoles de formation industrielles et centralisées, dans lesquelles ils pourront acquérir les habitudes et les modes de pensées des hommes blancs. »
John A. Macdonald, Rapport officiel des débats de la Chambre des Communes
du Dominion du Canada, 9 mai 1883.

[7]     « Je veux me débarrasser du problème autochtone. Je ne crois pas, justement, que ce pays doive continuer à protéger une classe de personnes parfaitement capables de se prendre en charge. Voilà tout l’objet de mon propos… Notre objectif est de continuer jusqu’à ce qu’il n’y ait plus
un seul Autochtone au Canada qui n’ait pas été assimilé dans le corps politique,
qu’il n’y ait plus de question autochtone ni de ministère des Affaires indiennes. »
Duncan Campbell Scott, surintendant adjoint du ministère des Affaires indiennes, 1920

En 2015, la Commission de vérité et de réconciliation du Canada déclare que le système de pensionnats autochtones, dont Duncan Campbell Scott a supervisé l’assimilation des enfants autochtones, a mené à un génocide culturel.

[8]     Rivard, Étienne, Les Bois-Brûlés et le Canada français : une histoire de famille éclatée. Bulletin d’histoire politique, Vol 24, no 2, 2016

[9]     Gill-Couture, Jérôme, op. cit

Nettoyer l’histoire

Ils étaient l’Amérique
DE REMARQUABLES OUBLIÉS TOME 3
Serge Bouchard
Marie-Christine Lévesque
LU
X

« L’histoire écrite par les vainqueurs coloniaux relève presque toujours de la fabulation et du mensonge coupable. Le criminel se justifie, il habille de vertu ses actes inavouables. » [1].

« Quand cela fait notre affaire, on refuse à certains évènements historiques en particulier le droit de passer à l’histoire. » [2]


Ces deux phrases, que l’on retrouve dans les dernières pages d’Ils étaient L’Amérique, de Serge Bouchard et Marie-Christine Lévesque, résument parfaitement l’essence de ce livre de mémoire : montrer comment on nous raconté des histoires échafaudées, souvent basées sur des massacres, pour faire des « Indiens » des êtres ignorants et malfaisants et, du même coup, donner le beau rôle aux « découvreurs » blancs qui évangélisaient et éduquaient les méchants sauvages pour les sauver. S’il y a un véritable massacre que l’on peut aujourd’hui déplorer, c’est bien celui de l’histoire… par des historiens. Ces commis des États coloniaux et dominateurs ont durant des siècles camouflé la vérité et enjolivé l’histoire à la faveur de ceux de qui ils étaient à la solde, trahissant ainsi la nature même de leur profession.

Bien sûr, on savait déjà que l’histoire du Canada qui nous a été racontée quand nous étions enfants, toute blanche d’un côté et toute noire de l’autre, était un tissu de mensonges et d’omissions. Puis, à la fin du XXe siècle, un certain revirement, plus ou moins heureux, s’est opéré : les colonisateurs français et anglais étaient devenus les vilains qui avaient abusé des bons et pauvres Autochtones, naïfs et confiants devant l’envahisseur, en leur échangeant des pacotilles contre des pelleteries de toutes sortes et en fomentant la guerre entre les nations.

Serge Bouchard remet ici les pendules à l’heure, avec humanisme et respect — pour qui en mérite. Les Autochtones n’étaient pas que des guerriers redoutables, ils étaient aussi de très bons négociateurs pour monnayer leurs fourrures dans les postes de traite et défendre leurs droits. Ils étaient L’Amérique est un livre sociographique extrêmement riche en détails historiques et en données ethnographiques. Le nombre de nations et de grands personnages autochtones — Anadabijou, Kondiaronk, Tessouat, Membertou, Pontiac — qui sont nommés dans ce livre nous met cruellement en face de l’ignorance que nous avons de l’histoire des Premières Nations d’Amérique du Nord.

Si ce livre a été écrit par Serge Bouchard, il est aussi fort justement attribué au travail de recherche de sa muse et complice de vie, Marie-Christine Lévesque. Et, comme l’écrit son éditeur Mark Fortier, « il a grandi dans la douleur des pertes [3] », car Marie-Christine est décédée du cancer en juillet 2020, dans des circonstances cruelles, en pleine pandémie de Covid-19, ce qui empêchait Serge et leur fille Lou de lui rendre visite à l’hôpital.

Il est difficile d’imaginer dans quel état d’esprit Serge Bouchard a écrit Ils étaient L’Amérique, à la fois miné par la perte de son amoureuse et animé par la volonté de livrer une œuvre posthume qui serait à la hauteur de la qualité de son travail de recherche et ce, alors que sa propre santé déclinait. Bouchard évoque d’ailleurs les « trahisons du corps » [4] pour parler de la mort de Champlain, en 1635, et de Tessouat l’année suivante. Mais comme rien n’est dit dans le livre à propos de la déchéance de la santé de ceux-ci, on peut présumer que Bouchard utilisait cette expression pour nommer sa propre dégénérescence physique, qui le mènerait bientôt à la mort.

Serge Bouchard et Marie-Christine Lévesque ont été des « nettoyeurs » de l’histoire. Mais il faut beaucoup de travail et d’engagement et surtout de temps pour ramener la vérité à la surface. Un exemple probant de cela : bien que le général Jeffery Amherst soit reconnu depuis longtemps comme un criminel de guerre ayant utilisé de tactiques innommables pour exterminer des Autochtones, il aura fallu attendre jusqu’en 2019 pour que Montréal change le nom controversé de sa rue Amherst par Atateken — en mohawk, fraternité; frère et sœur — et jusqu’en 2023 pour que Gatineau fasse de même et renomme la sienne Wìgwàs — bouleau blanc, en anishnaabemowin — à la demande d’aînés de la Première Nation Kitigan Zibi.

Et il ne fait nul doute que leur travail de vérité et de dénonciation a aussi contribué à ce que le conseil municipal de Montréal décide de ne pas remettre en place la statue de John A. McDonald, un raciste notoire, dont la tête de pierre avait roulé au sol lors d’une manifestation. Et à Ottawa, la promenade Sir-John-A.-Macdonald portera bientôt le nom algonquin Kichi Zībī Mīkan, qui signifie chemin de la grande rivière.

L’éditeur termine le livre sur deux mots qu’on peut dire à la base de tout le travail de Serge Bouchard et de Marie-Christine Lévesque : combattre l’oubli. Mais l’oubli ne peut se combattre sans attaquer ses pires ennemis : le mensonge et la distorsion des faits historiques. C’est ce travail de vérité et de réconciliation qu’ont fait Bouchard et Lévesque. Ne l’oublions pas, car nous — et ce nous est inclusif — leur devons beaucoup.

« L’histoire à son envers, l’histoire a ses revers, mais il y aura toujours une autre façon de voir ». Que la voix chaude de Serge Bouchard racontant histoire oubliée après histoire oubliée nous demeure en mémoire. En mémoire de la vérité et en mémoire de ce grand anthropologue et de Marie-Christine Lévesque. Merci.


[1] Ils étaient l’Amérique, page 273, Bouchard, Serge et Lévesque, Marie-Christine © Lux Éditeur 2022
[2] Ibid, page 262
[3] Ibid, page 11
[4] Ibid, page 181

Le FLQ dans la cinématographie québécoise

Le Front de libération du Québec en 250 œuvres
Sylvain Garel, Éditions SOMME TOUTE

« Pour les Québécois, le cinéma est une manière efficace et poétique,
surtout pour un peuple qui a été conquis, d’exorciser avec sensibilité
un traumatisme collectif qui les a marqués au fer rouge et qui,
depuis, fait partie de leur identité. »
– Félix Rose, postface

Je m’intéresse depuis toujours à l’histoire du Front de libération du Québec; j’ai des souvenirs marquants de la Crise d’Octobre 1970, tant de chez moi qu’à l’école, même si je n’avais alors que 11 ans. J’attendais donc avec beaucoup d’intérêt cet ouvrage de l’historien français Sylvain Garel, professeur et critique, spécialiste de la cinématographie québécoise, qui a fondé et dirigé dans les années 1990 le Festival du cinéma québécois à Blois, en Pays-de-la-Loire.

Avant d’en débuter la lecture, je discutais avec Félix Rose, qui signe la postface du livre de Sylvain Garel, et je lui parlai comme ça d’un projet de film que je voulais faire il y a plusieurs années avec son père, Paul, un ami de longue date, et son oncle Jacques, deux « acteurs » d’Octobre 1970. Le titre de ce projet de film, pour lequel je n’avais pu obtenir le soutien pour l’écriture, était De Percé à Octobre. Je voulais montrer ce qui s’était passé entre l’été 1969 à la Maison du pêcheur, à Percé, et les évènements d’octobre 1970. « Ben oui, me dit Félix, il en parle dans le livre! » Quoi ? Garel aurait eu accès aux archives des projets refusés par le Conseil des Arts et des Lettres du Québec et le Conseil des Arts du Canada ?

Puis, je me suis souvenu que Sylvain Garel m’avait appelé il y a quelques années, comme sans doute une centaine d’autres personnes ayant écrit ou réalisé — ou ayant tenté de le faire — des documentaires, en nette majorité, ou des films de fiction, de court, moyen ou long métrage. On apprend dans ce volumineux livre de 600 pages, incluant l’index des films, celui des noms cités, la bibliographie, etc. que le FLQ a inspiré, dans le nœud même de l’histoire ou ne serait-ce qu’en filigranes, plus de 200 films. Ce à quoi on peut ajouter les nombreux livres, articles de fond ou autres écrits, des documents radiophoniques ou télévisuels, des pièces de théâtre et tutti quanti. D’où le sous-titre Le Front de libération du Québec en 250 œuvres. Ce qui ne manque pas d’impressionner quand on pense que, somme toute, le FLQ n’aura duré que 10 ans, soit de 1962 à 1972.

On y réfère bien sûr aux cinéastes majeurs que sont Pierre Falardeau, Pierre Perrault, Michel Brault, Jean-Claude Labrecque et ces autres qui avaient le Québec libre chevillé à l’âme, mais on peut maintenant, grâce à ce magistral ouvrage, avoir un tableau complet de tout ce qui a été fait autour des sujets en lien avec le FLQ et l’histoire du Québec. Car, avant de tomber dans les descriptions très détaillées de chacun des films que présente son livre, Sylvain Garel nous offre, sur 150 pages, un portrait historique fouillé et éminemment rigoureux du Québec de cette époque.

Loin d’être un simple répertoire de films, Le FLQ dans la cinématographie québécoise s’inscrit désormais comme une œuvre littéraire majeure incontournable sur l’histoire du FLQ, rejoignant en cela le livre que certains surnomment la « Bible du FLQ », FLQ Histoire d’un mouvement clandestin, de l’ex-journaliste Louis Fournier, qui fut le premier à lire sur les ondes de la radio CKAC le Manifeste du Front de Libération du Québec, ce qui lui valut d’être arrêté par la police. Louis Fournier signe d’ailleurs la préface de ce livre.

Ironiquement, c’est l’implication politique — pour les Verts — et la paternité de Sylvain Garel qui aura permis à ce livre d’être écrit et publié. Car, au début des années 2000, sa recherche exhaustive était destinée à devenir une thèse de doctorat à la Sorbonne, ce que ses obligations professionnelles et familiales l’ont empêché de réaliser. Loin de moi l’idée de minimiser l’importance des thèses universitaires, mais on peut affirmer sans risque de se tromper que Sylvain Garel rejoindra beaucoup plus de lecteurs avec son livre qu’il ne l’aurait fait dans le cénacle universitaire. Et ce, au bénéfice de la connaissance de notre histoire.

HALF MOON RUN, le choc créatif

HALF MOON RUN, 14 décembre 2023, Montréal, avec ma fille Florence. Ce spectacle est mon cadeau d’anniversaire du printemps dernier. Super beau cadeau, mais… manière boomerang, si l’on considère que, mine de rien, c’est un peu moi qui lui ai fait connaître ce groupe…

Half Moon Run a, chez moi, de l’histoire — ou, à tout le moins, des histoires.

Une journée de printemps, en 2012, je vais porter sur l’heure du midi des feuillets publicitaires pour Spect’Art chez Audition Musik. Arrive alors sur le fait Sébastien Raboin, investi de la même mission que moi, mais pour Paralœil…

« Hey! C’est super bon, le band que tu m’as fais connaître! », dit-il au disquaire.

« De quoi vous parlez? », rétorquai-je aussitôt, une fois ma petite pile de flyers judicieusement placée sur le coin du comptoir.

« Half Moon Run, un nouveau groupe anglo du Québec. Va écouter ça, leur disque est dans un des postes d’écoute », me dit le sympathique disquaire.

Ce que je fis aussitôt. Une toune, Full Circle, deux tounes, Call me in the afternoon, quatre, cinq, juste WOW!!!

Revenu au travail, je dis à mon chum Guy : « Va écouter Half Moon Run sur ton ordi, c’est capotant! » Il ressort après cinq minutes, éberlué comme moi. « Il faut qu’on en parle à Jacques » (l’autre, le boss…)

Quelques mois plus tard, au lit, je fais entendre ça à mon amoureuse de l’époque. Première toune : Wow! , deuxième : Ben voyons! , troisième : C’est donc ben bon! et ainsi de suite.

Quelques autres mois plus tard, Half Moon Run fait pratiquement salle comble à la salle de spectacle de Rimouski — qui, souhaitons-le, changera bientôt de nom. Je me rappelle tous ces gens à qui j’avais dit de ne pas manquer ce spectacle qui me remerciaient du regard en sortant, même s’ils ne connaissaient pas le groupe avant de les voir ce soir-là.

Deux ou trois ans plus tard, peu après la sortie du deuxième album, Sun leads me on, je les revois à la même salle de spectacle — qui, si l’on s’y met tous, changera bientôt de nom — et mon chum Bertin me dit entre deux tounes : « Penses-tu qu’il y a quelqu’un dans le monde qui voit un meilleur spectacle que nous ce soir ? » Sur le coup, je me dis qu’il exagère, mais quelques minutes plus tard, je lui réponds Non!

Bref, presque 12 ans plus tard, je suis avec ma fille au M Telus — autre nom de merde! —, debout, avec 3 000 autres personnes toutes aussi conquises que moi. Et quelques fois durant le spectacle, ébahi devant ce que je me permets ici d’appeler la perfection, j’ai pensé… aux Beatles! Non, je ne suis pas encore assez fan fini ou fou pour comparer le génie des premiers avec celui du quatuor de Liverpool. Et je ne prétendrais jamais que la musique d’Half Moon Run ressemble à celle des Beatles. Mais je me disais en les regardant jouer et en les écoutant que comme celle de Lennon et McCartney, la rencontre de Conner Molander, Dylan Phillips et Devon Portielje a été un choc créatif immense qui a permis la réalisation de, jusqu’à ce jour, quatre albums tous aussi bons l’un que l’autre.

La Fanfare récidive… Pourpour notre bonheur

Photo : Denis Martin

Ce que nous sommes. Ce qu’ils sont; ce qu’ils continueront d’être. Avec nous. Depuis longtemps, depuis presque toujours, en fait, pour les… jeunes de mon âge! Avec tambour et trompette — et bien plus! — la Fanfare Pourpour est ici et là, pourpour nous, pourpour la vie, pourpour la fête, la joie et l’amour.

La Fanfare Pourpour est une famille musicale. Une grande, très grande famille comme en bâtissaient nos aïeux, tous ensemble, assis et debout autour de la table à se partager les festins de notes, les chansons, la route, la complicité, les plaisirs. Depuis 40 ans, les belles folles et beaux fous de la Fanfare Pourpour, qui s’est précédemment appelé le Pouet Pouet Band et L’Enfant fort, sillonnent les routes du Québec, avec quelques détours en France, en Suède, au Mexique et en Irlande, invités là-bas pour le mariage du fils de George Martin, sur recommandation de George Harrison. Et sur ces routes, la Pourpour a retrouvé en trois occasions le Mouton NOIR pour des spectacles bénéfices en compagnie, entre autres, de Richard Desjardins. Et aussi le public du Festi-Jazz de Rimouski, sous le grand chapiteau, il y a… déjà trop longtemps. Encore, s’il vous plaît!

La cheville ouvrière de ces talentueux saltimbanques est Lou Babin, chanteuse, accordéoniste, productrice et rédactrice de toutes les demandes de subventions qui amènent l’eau au moulin de ce groupe de belles bêtes musicales. « La présence de Lou est constante et essentielle, à toutes les étapes de création et de production », disent presqu’en chœur l’accordéoniste et pianiste Luzio Altobelli et le clarinettiste Guillaume Bourque, les deux réalisateurs de Ce que nous sommes, sixième album de la Fanfare Pourpour.Lou est la mère de clan.

Certain-es sont dans l’aventure depuis le début, Lou, Luc, Nemo, Stéphane, Guido, Jacques. D’autres ont quitté après de longs bouts de route, Suzanne, Benoît, Christine, Roy et deux Bernard partis dans le territoire des ombres… Et au fil de l’évolution de la Fanfare Pourpour, qui porte ce nom depuis le milieu des années 1990, de grosses pointures s’y sont greffées : Jean Derome et Pierre Tanguay, deux figures de proue du jazz au Québec, Claude Vendette, ex-Abbittibbi, Marie-Soleil Bélanger, violoniste qui était du Kanasuta de Desjardins, Alexis et Zoé Dumais, de Rimouski, et le fils d’Alexis, Loïc. Je ne nomme que ceux-ci et celles-là, mais pour parler de talent et de cœur, il faudrait nommer tout le monde; vous regarderez la pochette…

« La musique de ce sixième album est remplie d’amour et de sens, tissée avec patience de petits bouts de fils qui nous attachent les uns aux autres et font de nous une grande famille ».
– Zoé Dumais

Ce que nous sommes débute par une pièce archive de 1980 du Pouet Pouet Band et se déploie ensuite avec 10 autres pièces, composées par neuf personnes différentes. « Le processus de création s’est amorcé il y a quatre ans, nous dit Lou Babin. Nous avons reçu une subvention de recherche et création pour réaliser un projet qui impliquait huit compositeur-es et l’intégration de nouveaux instruments, encore inexplorés, dans notre musique. » Les réalisateurs Luzio et Guillaume ont ensuite créé des maquettes précises pour chacune des compositions qui ont été enregistrées séparément par sections — rythmique, cordes, vents, voix, etc. — ce qui était une première pour la Fanfare.

Cet album ne désarçonnera pas ceux qui connaissent déjà bien la Fanfare Pourpour, mais il offre plus; il nous emmène ailleurs, plus haut, plus loin, dans un univers qu’on pourrait qualifier de cinématographique. On a parfois l’impression d’être dans un film de Fellini — Salut à vous Nino Rota! Ce que nous sommes est, de mon humble point de vue — ou d’audition, devrais-je dire — le meilleur album qu’a produit jusqu’à maintenant la Fanfare Pourpour. Et ce n’est pas peu dire, quand on considère l’incontestable qualité des albums précédents.

Quelques constats : davantage de piano, les percussions de Pierre Tanguay plus présentes, l’entrée en scène de la guitare électrique, du marimba et d’instruments « étranges » comme le erhu. On est dans la valse, le ludique, le festif, mais avec une élégance qui confère de nouvelles nuances à l’ensemble. On passe parfois d’une séquence de musique quasi symphonique au jazz contemporain, au folklore international, puis à… la musique de fanfare (bien sûr!). Bref, c’est beau, bon, très beau, très bon!

La chanson Nous serons ce que nous sommes, écrite par Zoé Dumais et magnifiquement interprétée — comme toujours — par Lou Babin, ensuite rejointe par le Chœur de la Pourpour, devient un hymne à ce qu’est et ce que sera, avec et pour nous, notre fanfare fétiche. Prêter demain aux rêveurs / Avec eux, repenser le bonheur / Inventons des années de miel / Pour donner aux enfants des ailes.

L’album Ce que nous sommes, de la Fanfare Pourpour, est disponible chez les disquaires allumés et de bon goût et il peut être téléchargé en fichier numérique — comme les autres albums — à sur la page du groupe, sur bandcamp

Coups de gueule de juin…

Je vous livre en boucle quelques coups de gueule que j’ai publiés sur ma page du réseau asocial que j’ai bien plus envie de quitter que de nommer…

7 juin
Manifestement, le chef du parti complotiste Maxime Joe Louis Bernier est à la poursuite d’un record Guinness pour la prolifération de la plus grosse sornette. Selon lui, les feux de forêts ne sont pas dûs au réchauffement climatique, ils sont plutôt allumés par des activistes environnementalistes qui veulent valider leurs théories.
Il est de plus en plus évident que les quelques neurones qui étaient encore semi-actives dans ce qui sert de cervelle à Maxime Bernier commencent à sérieusement traîner de la patte…

20 juin
Et voilà, c’est dit! Le sous-marin perdu était le seul des 10 dans le monde qui peuvent aller à des profondeurs de 4 000 mètres qui n’avait pas été inspecté et certifié par une entreprise spécialisée. L’entreprise OceanGate a refusé à maintes reprises les inspections. Parce qu’il était plus important pour son propriétaire de ramasser le cash à 250 000$ la « randonnée » que de s’assurer que leur patente était sécuritaire. Cette fois, ce sont des milliardaires qui sont victimes du capitalisme sauvage. Le serpent se mord la queue…

20 juin, sur la crisette du PQ qui boycotte la Fête nationale à Québec parce qu’Émile Bilodeau a tiré la pipe — et la langue! — au parti.
C’est quoi le nom scientifique du syndrome de la peau courte qui frappe le PQ qui ne veut plus participer à la Fête nationale parce que l’impétueux Émile Bilodeau leur a envoyé quelques craques?
T’es pas fin! J’joues pu, bon! J’m’en vas chez nous pis j’vas l’dire à ta mère…

24 juin
L’extraordinaire discours de la Nation déclamé par Léanne Labrèche-D’Or à Québec rend encore plus impertinente et puérile la décision du PQ de ne pas participer à la Fête nationale du Québec parce qu’Émile Bilodeau — qui a su, toute la soirée, soulever la foule, majoritairement jeune — a brassé la vieille cage empoussiérée du parti. Si le PQ pense pouvoir faire un pays en ruminant ses lubies en groupuscules de vieux nationalistes nostalgiques et revanchards et en se coupant de la jeunesse, de la diversité et de la dissidence, aussi bien fermer les livres tout de suite!

21 juin, un peu encore sur l’histoire du sous-marin de l’OceanGate et une transition vers le sujet qui s’en vient…Il y a des millionnaires qui paient le gros prix pour des trips sous-marins sans retour et il y en a d’autres qui démontrent leur ignorance de la réalité du « vrai monde » chaque fois qu’ils ouvrent la bouche!!!
François Legault sur le prix des loyers et des maisons au Québec : « Moi, je souhaite qu’on rejoigne l’Ontario, et même les États-Unis. Plus les salaires vont augmenter, plus le prix des maisons va augmenter, a-t-il dit. […] Je ne veux pas que le Québec reste pauvre pour qu’on garde le prix des maisons plus bas qu’à Toronto ou à Vancouver. »

27 juin
Un complotiste a écrit ces derniers jours sur un quelconque réseau asocial qu’il était impossible que la fumée qui envahit Montréal provienne des lointains feux de forêts!!! Un génie diplômé de l’Institut FTY (Facebook YouTube Tweeter). Un autre diplômé a commenté à sa suite : « C’est une pandémie chimique! »
Si j’étais croyant, je dirais que quand Dieu a créé les hommes, il est arrivé short en cerveaux…

30 juin
Le mystère règne toujours sur l’identité de la planète sur laquelle vit François Legault… Encore aujourd’hui, il a déclaré – ou devrait-on plutôt dire déliré – qu’en quatre ans, soit depuis qu’il est Premier ministre, tout a toujours bien été le 1er juillet et que personne ne s’est jamais retrouvé à la rue… Bon sang, mais c’est bien sûr! Il n’y a pas de crise du logement au Québec, ce n’est qu’une vue de l’esprit, dans la tête de wokes, en plus!
Il faudrait que M. Legault sorte de sa bulle une fois de temps en temps. Qui sait? Il apprendrait peut-être qu’il existe aussi sur cette terre — et même au Québec — des personnes qui n’ont pas le trèfle aux genoux et une cuillère d’argent à la bouche.

Ignorance ou déni? On peut se poser la question. En se rappelant qu’à la fin mai, le Premier ministre posait fièrement à côté d’un Hummer supposément électrique pour annoncer la mise en chantier d’une usine de batteries et clamer que le Québec entrait dans une nouvelle ère! Bienvenue au Caquistan! (clin d’oeil à Jean-François Nadeau)

Chronique d’un écocide : l’effacement des caribous de Val-d’Or

« En 1984, 50 caribous vivaient en liberté sur un territoire de 1200 km² au sud de Val-d’Or. En 2022, neuf caribous sont incarcérés dans un enclos de concentration de 12 km².

Durant ces quatre décennies, j’ai sonné l’alarme, participé à de nombreux groupes de discussion et comités divers pour tenter de renverser la vapeur, espérant ainsi faire comprendre à nos dirigeant-es nos obligations envers les générations futures.
Car j’estime qu’il est de notre devoir de préserver et de transmettre ce joyau écologique qu’est la harde relique de Val-d’Or.

Celle-ci est unique : elle est la seule qui subsiste au sud du 48e parallèle et elle se distingue
de la harde de Charlevoix, qui est le fruit d’une réintroduction.

Malgré ce déclin annoncé depuis les années 1980 par les écologistes et les Anicinapek, le ministère responsable des forêts a contrevenu malicieusement à ses propres règles
en regard d’une espèce menacée dans le cas de la harde de Val-d’Or.
Ses actions, contrairement à son discours rassurant, ont plutôt accéléré la destruction de l’habitat essentiel du troupeau, le menant ainsi au seuil de l’extinction.
 »

Je commence ma critique de ce petit livre — chronique, pamphlet et essai coup de poing — en citant sa conclusion parce qu’elle est aussi claire et limpide que le reste de cette « Chronique d’un écocide : L’effacement des caribous de Val-d’Or », qu’on pourrait tout aussi bien nommer « Parcours d’un infatigable combattant écologiste » ou « Portrait de la soumission de ministres et de fonctionnaires devant l’industrie forestière ».

Henri Jacob, fondateur du REVE — Regroupement écologiste Val-d’Or et environs — et, avec Richard Desjardins, de l’Action Boréale, est un ami. Si vous lui aviez vu la face lorsque, à notre première rencontre à Val-d’Or, je lui avais dit que j’avais grandi à Rimouski sur la rue… Henri-Jacob! Henri Jacob est un ami, donc, mais d’abord et avant tout quelqu’un dont j’admire vraiment le parcours de militant activiste pour la protection de l’environnement, avec regard focalisant sur la forêt et le caribou.

L’engagement constant d’Henri Jacob est ici relaté dans une écriture simple, anecdotique et parfois moqueuse, qui s’arrime à la triste histoire de la harde de caribous la plus au sud du Québec, dont le cheptel est passé de 60 à 80 individus en 1974 à neuf en 2022. De plans d’aménagement et de rétablissement mis et remis sur la glace aux intentions de protections, ententes préalables et promesses restées sur papier, le caribou forestier de Val-d’Or a poursuivi son déclin en raison de l’appétit gargantuesque et la logique extractiviste d’une industrie trop heureuse de pouvoir compter sur la permissivité de bénis-oui-oui haut placés du ministère de la Forêt et de la Faune. Mais ce ministère n’a-t-il pas fait faire de nombreuses études par ses propres biologistes qui recommandaient toutes et tous, l’une après l’autre, de modifier les façons de faire pour sauver le caribou ? Oui, mais cause toujours, ces recommandations ont vite trouvé place sur des tablettes empoussiérées — avec bran de scie — du ministère. C’est encore et toujours le credo des emplois menacés, de la pseudo mise en péril même de l’industrie forestière qui l’emporte si on ose évoquer la protection de quelques parcelles de territoires. Comme si une gestion mieux contrôlée des coupes forestières qui s’inspirerait de la culture et de la philosophie holistique des Premières Nations — Nous formons ensemble le territoire; nous sommes, humains, faune et flore, le territoire — ne pouvait pas se mettre en place au moins dans des zones de vieux peuplements de conifères pour la survie des espèces.

Chronique d’un écocide : l’effacement des caribous de Val-d’Or présente une saga, un combat, des actions de sensibilisation dans les écoles — décriées, ô surprise, par un cadre de Domtar — et le parcours militant d’un homme et de ses compères et consœurs qui doit être connu, partagé et soutenu. Qui plus est, le livre est rehaussé de magnifiques illustrations d’Olivier Lasser et sa préface est signée par l’aîné Richard Kistabish, conteur et ancien chef de la communauté anicinabek de Pikogan et grand chef du Conseil Algonquin du Québec et survivant du pensionnat de Saint-Marc-de-Figuery.

« Nous, les Anicinabek, cohabitions avec ces adik [1].
Ils occupaient et occupent un espace de territoire comme nous.
Ils étaient nos compagnons dans le partage de cet espace.
Ils savaient que nous dépendions d’eux et nous pareillement.
(…)

Nous sommes toujours surpris de la ténacité de cet homme blanc!
 Il est d’une race de monde qui a vécu sur ce territoire,

ce magnifique territoire. (…)
Il restera toujours et son esprit fera partie du décor.
Ses amis le respecteront. »

– Richard Kistabish

Au bout de ces éternelles danses à deux pas en avant et quatre en arrière et ces salmigondis de bonriens — un salut ici au compère d’Henri! — nous voici à la fin de 2022, à Montréal, qui accueille la Conférence sur la biodiversité — la Cop15. Devant ses hôtes internationaux, les représentants d’un gouvernement rompu à l’économie mur à mur souriront de leurs belles grandes dents blanches, balayant sous le tapis leur triste bilan pour la protection du caribou et tentant de faire oublier qu’il y a un peu plus de deux mois, ils ont, comme toujours, fait silence radio devant les avis de la Commission indépendante sur les caribous forestiers et montagnards, qui soulignait encore une fois l’urgence de protéger des grands massifs de forêt mature pour assurer la survie des hardes reliques de ce grand cervidé.

Dirons-nous sans broncher « So long, caribou »? En cette période d’après-fêtes, il me vient à l’esprit l’image du Père Noël qui doit tirer seul son traîneau… jusqu’à ce qu’il l’accroche derrière un ou deux F-150 arborant dans leurs portières le logo du ministère de la Forêt et de la Faune…


[1] Caribou, en langue anishinaabemowin

Une Chambre de commerce contre les CPE ?

Plusieurs chambres de commerce de l’Est-du-Québec apportent leur soutien au personnel des Centres de la petite enfance (CPE), qui font des journées de grève afin d’obtenir de meilleures conditions de travail. C’est le cas de la Chambre de commerce et de tourisme de Gaspé, qui lance un appel à la solidarité, et celle de Sept-Iles et Uashat mak Mani-utenam, sur la Côte Nord, qui soutient aussi le mouvement de grève pour des raisons d’équité et de conditions sociales.

Mais, à Rimouski, Jonathan Laterreur, directeur général de la Chambre de commerce et d’industrie de Rimouski-Neigette, n’appuie pas le mouvement de grève et « déplore que le débrayage rende la tâche des entreprises encore plus compliquée, alors qu’elles font déjà face à un manque de main-d’œuvre. » Hiiiii, pas fort, monsieur Laterreur!!! Il ne vous est pas venu à l’esprit que le manque de places en service de garde, qui résulte en grande partie des mauvaises conditions de travail offertes aux éducatrices, est l’une des raisons qui empêchent des gens de s’installer en région et qui sont à la base de la pénurie de main-d’oeuvre? Comme le manque de logement! On parle ici de transversalité des problématiques qui constituent une situation particulière. Un directeur de Chambre de commerce devrait avoir la capacité de comprendre cela.

Jonathan Laterreur est même allé jusqu’à déclarer que « les revendications des travailleurs sont une des facettes multiples du manque de place en garderie dans la région. » Une ode au cheap labor? On croit rêver!

Monsieur Laterreur devrait savoir que les CPE sont des entreprises – d’économie sociale – et qu’elles seraient en droit de s’attendre à être soutenues par la Chambre de commerce! Enlevez vos œillères!!!

Par ailleurs, j’ai été très déçu d’entendre, pendant une entrevue avec une conseillère syndicale des CPE, l’animateur de l’émission matinale de la radio de la SRC de Rimouski, Éric Gagnon, relayer les propos du d.g. de la Chambre de commerce de Rimouski en omettant de souligner les appuis de celles de Gaspé et de la Côte Nord. C’était donner de la crédibilité à quelque chose qui n’en méritait pas.

Maintenant, ce qu’il faut savoir, c’est si Jonathan Laterreur est un électron libre qui s’exprime à titre personnel tout en portant son chapeau de directeur général de la Chambre de commerce ou bien si son employeur, c’est-à-dire le conseil d’administration, endosse ses positions rétrogrades.

La question est lancée.

Jacques Bérubé, le 3 novembre 2021
jacques.hugb@gmail.com

La Covid-19 a fait une autre victime : le jugement de Marie-France Bazzo

Jacques Bérubé

HELP! On m’a changé ma Marie-France Bazzo! Ou alors quelqu’un a squatté son ordinateur — Jean-Charles Lajoie ? Sophie Durocher ? un animateur de radio poubelle de Québec ? Ben non, c’est bien Marie-France Bazzo, la Marie-France Bazzo que je trouve intelligente et posée — pas toujours, mais quand c’est le cas, c’est généralement pour une bonne cause! — qui a écrit l’article Journal des temps inédits : Détester Montréal avec, mise en exergue, la phrase : Les régions ont enfin trouvé un prétexte sanitaire, un exutoire à leur méfiance, devenue haine, envers la grande Montréal.

Même les meilleures peuvent dérailler!

LES régions, montées en un beau gros bloc homogène à l’esprit villageois, qui se méfie et qui hait Montréal. « J’ai ressenti le soupir de satisfaction du Bas-Saint-Laurent jusque dans mon cou, j’ai entendu un cri de triomphe saguenéen monter jusqu’au Stade olympique ». Bravo, Marie-France, je t’accorde ici la médaille d’or du pédalage dans la choucroute — pour reprendre l’un de mes mentors, le Concombre masqué.

Bien sûr, certaines personnes ont émis des propos regrettables, bigots même, le plus souvent dictés par l’ignorance et la peur. Ici, comme à Montréal. Mais des maires aux barricades et des tribunes incendiaires? Je n’en ai ni vus ni entendus. À moins que tu considères comme des manifestations de « haine ostentatoire » de Montréal le fait que certains élus aient demandé, par prudence, que des barrages routiers soient maintenus une ou deux semaines de plus. Généraliser comme tu le fais en disant que les régions haïssent une Montréal infectée et impure, c’est aussi crédible que de dire que tous les Montréalais roulent leurs r.

Marie-France, j’aurais aimé lire dans ton article au moins une ou deux phrases sur les « régionaleux » du domaine de la santé qui sont venus à Montréal aider les médecins, infirmières et autres préposées dans les hôpitaux et CHSLD, au risque de leur santé. Au lieu de ça, tu écris que les régions se détachent des Montréalais, de « leurs » CHSLD, de leurs travailleurs de la santé, souvent immigrants — une pincée de racisme ici — et de leurs minorités culturelles sur l’party — une cuillerée d’intolérance là. Ce bout de ton article pue le préjugé bas de gamme et le mépris!

Les CHSLD en décrépitude, ce ne sont pas ceux de Montréal, ce sont ceux du Québec tout entier et les aînés qui y souffrent et qui y meurent, ce sont NOS aînés à tous. Le gouffre que tu dis voir s’élargir entre Montréal et les régions, c’est le genre de propos que contient ton texte qui le provoque.

Je travaille dans le milieu de l’économie sociale et depuis le début de la pandémie, de tous les coins du Québec — oui oui, même dans des régions que tu pointes du doigt comme le Saguenay et le Bas-Saint-Laurent, ma région — tout ce milieu se serre les coudes pour soutenir les centaines d’entreprises collectives qui emploient des milliers de personnes qui se retrouvent au cœur d’une crise sanitaire, sociale et économique qui n’a pas de précédent. Alors, quand une personnalité publique comme toi, qui jouit d’une réputation d’intellectuelle engagée, vient lancer de telles énormités, c’est un sacré croc-en jambe à la solidarité!

Ton article est un exemple parfait des réflexions de ceux qui ne voient pas plus loin que le bout de leurs ponts. En fait, tu es dans tes écrits tout ce que tu prétends que les régions pensent de Montréal : « condescendante, hautaine, trop toutte ». Me revient en tête la chanson Ces gens-là, de Jacques Brel — Eh oui! on a déjà vaguement entendu parler de Brel, en région éloignée…

« Plusieurs Montréalais pourraient ne pas avoir envie de se frotter à cette détestation provinciale (…) Montréal se remettra à voyager, mais peut-être pas de préférence au Québec. Qui a envie d’être pris pour un ennemi? » C’est vraiment la Marie-France Bazzo que je respecte qui a écrit une telle menace cheapette de vengeance : «Bon ben, ok d’abord, tant pis, on n’ira pas dépenser notre argent chez vous, en région » ?

Tu termines ta diatribe — ou ton exutoire, pour reprendre tes mots —en affirmant : « C’est ensemble que nous pourrons nous reconstruire. Ou pas. » J’ai presqu’entendu les violons. Mais ici, Marie-France, tu sonnes faux, très faux, car les jugements que tu portes ne m’apparaissent aucunement comme ceux de quelqu’un qui voit les régions dans ce projet de reconstruction.

Un autre de mes mentors, Frank Zappa, a dit : « L’esprit, c’est comme un parachute, ça ne fonctionne que s’il est ouvert! ». Ta vision de Montréal envers les régions est périmée. Et la vision que tu prétends être celle des régions envers Montréal l’est encore plus. Et grand bien nous en fasse. À tous.

Marie-France, dans des versions préliminaires de ce texte, j’employais certains mots durs à ton égard, des mots qui m’étaient dictés par l’indignation et la colère que me provoquait la lecture de ton article. Je me suis tempéré. J’aurais aimé que tu puisses en faire autant. Et j’espère qu’aujourd’hui, tu regrettes, ne serait-ce qu’un peu, une partie de ce que tu as écrit.

Sinon, ne crains rien, nous saurons très bien reconstruire sans toi.

 

NOTE : Aujourd’hui, mercredi 20 mai, Marie-France Bazzo est revenue faire une mise au point dans sa chronique de L’Actualité. Je vous invite à lire cet addenda à sa chronique de samedi dernier : Détester Montréal.