À BABORD, TOUTE !

Par Jacques Bérubé

C’est beau d’vous voir gouverner ça
Ben installé sur vot’ gros tas
Avec les deux yeux r’virés ben raide vers les États
Vot’ p’tite tête pleine de gros calculs
L’capitalisme qui vous encule
Vous faites en sorte que plus ça avance
Plus ça recule

– Plume Latraverse, Strip Tease

Cette chanson de Plume Latraverse, pourtant peu enclin à donner dans l’engagement politique, date du début des années 1970, à une époque où les parents des étudiants qui affrontent aujourd’hui le gouvernement libéral de Jean Charest n’envisageaient même pas encore la possibilité d’avoir des enfants.

Et pourtant! Relisez ces paroles — ou mieux, chantez-les, si vous avez l’âge de vous en rappeler — et vous verrez à quel point elles s’appliquent toujours, 40 ans plus tard, à la gouvernance à laquelle nous sommes soumis en 2012.

Bienvenue dans le passé, à l’époque où Maurice Duplessis « développait » la Côte Nord en vendant le minerai de fer aux Américains à trois cennes la tonne, pour qu’ils le transforment, en créant de l’emploi chez eux, et nous revendent des produits manufacturés avec notre matière première à 100, 200, 500 fois le prix payé.

Bienvenue dans le passé, à l’époque où le Cheuf clouait le bec à ses opposants en leur coupant les vivres et en leur envoyant sa police matraqueuse.

Retour au présent, pour regarder Jean Charest et sa cour dérouler le tapis rouge, version XXIe siècle, c’est-à-dire en route asphaltée à coup de centaine de millions, pour ouvrir, cette fois, aux Chinois,  Allemands, Espagnols et bien sûr, encore et toujours, aux Américains, le buffet all you can eat de nos ressources minières : cuivre, nickel, diamants, uranium, alouette!

Retour au présent, pour voir Stephen Harper et ses bitumineux dinosaures s’attaquer sans scrupules aux processus de consultation sur les impacts environnementaux et couper les budgets de recherche et des postes clés dans des centres de Pêches et Océans Canada comme l’Institut Maurice-Lamontagne, à Sainte-Flavie, pour ne pas nuire aux grands projets économiques, lire pétroliers. Voyons-le, du même souffle fétide, couper les vivres aux organismes qui ont l’outrecuidance de poser des questions et de critiquer ces projets.

Retour au présent pour voir le Premier ministre Charest évoquer à tout vent la violence et l’extrême gauche pour justifier son recours constant aux forces policières et sa loi 78, qui restreint la liberté d’expression et de manifestation.

Le conflit n’est plus centré sur la question des frais de scolarité, mais bien sur des questions de vision d’avenir : quel Québec voulons-nous? Dès lors, qu’on cesse de parler d’un conflit étudiant. D’une part, parce qu’il y a toujours deux parties dans un conflit et d’autre part, parce qu’il est de plus en plus évident que la lutte étudiante s’est transformée en un grand mouvement de résistance idéologique à un gouvernement qui a décidé de mettre tous ses œufs dans le panier économique, au détriment de valeurs sociales, politiques et culturelles qui ont fait du Québec une société distincte en Amérique du Nord.

Le conflit a essaimé et il est maintenant idéologique, opposant la gauche et la droite. Le mouvement d’opposition au gouvernement Charest s’est étendu, en quelques semaines, dans toutes les sphères de la société québécoise. La population a rejoint les étudiants dans la rue et sur les balcons pour manifester contre cette hausse abusive des frais de scolarité, mais aussi contre la corruption, la montée des inégalités, le laisser aller dans le dossier des gaz de schiste, l’orientation du Plan Nord et surtout, contre les principes de gouvernance néolibérale du gouvernement Charest, qui vise à appliquer partout dans l’activité humaine, l’éducation, la santé, les affaires sociales, le modèle entrepreneurial : économie, marchandisation, rentabilité financière plutôt que sociétale.

La population manifeste contre la privatisation des services publics, le principe de l’utilisateur-payeur — appliqué là, où et quand ça chante au gouvernement, lorgnez un peu du côté des grandes entreprises et des compagnies minières pour vous en convaincre — bref, contre une vision d’avenir et un projet de société qui ne conviennent pas à une majorité de moins en moins silencieuse.

Bien sûr, menacé tel qu’il l’est, le gouvernement a tout avantage à faire semblant de ne rien voir et à continuer de faire porter, à coups de phrases choc, de démagogie et de détournements rhétoriques, tout l’odieux de cette crise sociale sur les étudiants. Mais quand un ministre des Finances perçoit comme de l’intimidation et de l’agression des « concerts » de casseroles; qu’un ministre de la Justice voit une manifestation de jeunes presque nus comme de la violence et une menace à la démocratie et que le parti au pouvoir craint d’installer des bureaux de scrutin dans les cégeps et les universités parce que cela favoriserait le vote des jeunes électeurs, c’est peut-être que la droite sent le tapis lui glisser sous les pieds et qu’elle se retrouve de plus en plus poussée dans ses derniers retranchements.

Si le vent tourne, nous devrons une fière chandelle à ces étudiants qui se sont tenus debout dès le début de leur lutte pour une société juste et équitable, qui sont toujours au front et qui, pour cela, ont reçu plus que leur part de reproches et d’épithètes en tous genres : enfants-rois, bébés gâtés, marxistes, anarchistes, révolutionnaires, communistes… Nuançons tout de même, car ces accusations sont souvent lancées par des gens à cours d’arguments qui n’en ont que pour leur nombril, leur rapport d’impôt et leur abri tempo.

Pour conclure, citons celui qui a le plus subi la hargne et le mépris du gouvernement, des chroniqueurs de radio poubelle et des polémistes à la sauce Martineau, qui mordent tout, sauf la main qui les nourrit grassement et ceux qui les écoutent :

« On démontre que malgré tous les préjugés qui nous tombent sur la tête comme génération, on est encore capables de se mobiliser et de défendre nos droits, qu’on n’a rien à envier à nos parents, à nos grands-parents. Tout ce bouillonnement a permis de mettre plein d’enjeux sur la table. C’est une grande contribution du conflit étudiant au débat politique québécois. »

– Gabriel Nadeau-Dubois

Rhétorique, démagogie, opportunisme et… accessibilité

Par Jacques Bérubé

La rhétorique au service de la propagande
50 cennes par jour..! Le PLQ, sous le règne de Jean Charest, montre encore une fois, par l’utilisation de ce slogan populiste et combien mensonger, tout ce qu’il est prêt à faire pour se gagner l’opinion publique, tout autant que la vision économiste qu’a son gouvernement de l’éducation. Une fois partis, allons-y donc pour « Étudiez maintenant et payez dans un an » ou pourquoi pas, « Faites un baccalauréat, ajoutez une cenne et obtenez en deux ».

La même distorsion des faits par les mots employés s’applique quand ils parlent du financement des universités plutôt que de la hausse des frais de scolarité.

Parlons d’équité.
Qui osera prétendre qu’un projet qui fait payer davantage, année après année, les jeunes d’une société est équitable ? Puisque cela semble être le langage privilégié par le gouvernement Charest, laissons parler les chiffres. Dans l’éventualité où s’appliquerait la hausse ascenseur que le gouvernement veut imposer aux étudiants à partir de l’automne prochain, un jeune qui débuterait en 2012 subirait une hausse — s’ajoutant, ne l’oublions jamais, aux frais déjà établis — de 255 $ pour sa première année, puis, de 510 $ et de 765 $ pour les deux suivantes, pour un total de hausse de 1 920 $ pour trois ans. Celui qui commencerait en 2015 se taperait des augmentations de 1020 $, 1275 $ et 1530 $, pour une hausse totale de 3825 $, soit pratiquement le double de notre premier exemple, celui qui a terminé — si tout a bien été ! — au printemps 2015. Par la suite, chaque année d’université coûterait, selon le plan Charest-Beauchamp, 1785 $ de plus qu’aujourd’hui, donc 5355 $ pour trois ans et 7140 $ pour quatre ans.

Et ce calcul ne nous dit pas quelle partie de ces frais s’ajoutera à l’endettement déjà important des étudiants. Chaque ville du Québec n’est pas dotée d’une université; Montréal en a quatre, dont deux sont, pour ainsi dire, réservées à des « clientèles » — ici, ce mot s’applique vraiment — très aisées, Québec en a une, Sherbrooke en a deux — dont l’une, francophone, possède un campus, combien chic, à Longueuil — puis, le réseau des Universités du Québec, avec une quinzaine d’établissements, campus et centres spécialisés. Donc, en tout et partout, un peu plus de 20 institutions universitaires pour approximativement 1 200 municipalités, villages, villes, cantons et paroisses, disséminés dans un territoire immense, divisé en 17 régions administratives. Un très grand nombre d’étudiants doivent donc s’installer, pour quelques années, dans une ville dotée d’une université et payer, le plus souvent le gros prix, pour un logement, ses frais de subsistance et de loisirs et, oui, pour son iPhone — un outil de travail et de communication, quoi qu’on en dise ou en pense, son service Internet et le reste.

Si au moins on avait le courage politique et social d’admettre qu’avec un tel projet de hausse des frais de scolarité, notre société refuse que ceux qui ont aujourd’hui 20 ans et moins bénéficient du même régime d’accessibilité aux études que les dernières générations et qu’ils seront ceux qui paieront pour des incuries administratives dans les gestion des universités et pour le maintien des cadeaux fiscaux faits aux grandes entreprises et aux banques par les gouvernements.

Opportuniste ? Qui est opportuniste ?
La semaine dernière, la chef du Parti québécois, Pauline Marois, a annoncé que, s’il était élu, son parti ne ferait qu’indexer les frais de scolarité, en lieu et place de la hausse de 82 % prônée par les libéraux de Jean Charest. Il n’en fallait pas plus pour que de partout, les tenants de la hausse se lancent dans une pluie d’insultes de tout acabit envers le PQ. Et le mot qui revenait le plus souvent était opportunisme.

Désolé, mais, ce projet est tout sauf opportuniste. Et mon affirmation n’est en rien partisane. En politique, on est opportuniste quand on adopte des positions qui vont « dans le sens du vent », c’est-à-dire qui visent à racoler des électeurs en leur serinant ce qu’ils veulent bien entendre. Or, avec toute la désinformation que fait le Parti libéral depuis le début de la crise étudiante, celui-ci a, sans contredit réussi à faire qu’aujourd’hui, une majorité de Québécois sont en faveur d’une hausse importante des frais de scolarité. Selon les derniers sondages, près de 70 % de la population appuie la position gouvernementale de hausser les frais de scolarité. Alors, qu’on ne vienne pas dire que le PQ est opportuniste en prenant une position qui, à ce stade-ci, va à l’encontre de l’opinion générale. C’est même tout le contraire de l’opportunisme.

Le PQ propose une disposition qui représente ni plus ni moins qu’un choix de société. Une société qui décide de sortir du lot nord-américain, en prenant des positions qui, à l’instar de plusieurs pays d’Europe, favorisent l’accessibilité aux études supérieures.

Une société qui se respecte et surtout, qui respecte ses jeunes, ne devrait pas prendre la voie que veut lui imposer son gouvernement sortant, qui vise à faire payer ceux-ci de plus en plus cher, année après année, leurs études universitaires. Les conséquences à moyen et à long terme pour notre société seraient lourdes à porter.

Le Temps des scabs

Par Jacques Bérubé

Il y a quelque chose de pervers dans le tournant que tente de faire prendre le gouvernement Charest au conflit qui l’oppose aux centaines de milliers d’étudiants qui poursuivent leur GRÈVE contre une hausse abusive — 75 % en cinq ans — des frais de scolarité. J’écris GRÈVE en majuscules pour faire ma petite part afin de redonner son sens à ce mot que, dans le climat qu’installent depuis quelques semaines les tenants de la hausse, gouvernement, recteurs, entrepreneurs et étudiants, on tend à remplacer par « boycott des cours », comme pour prétendre que les étudiants ne bloquent rien et qu’ils sont les seuls perdants dans ce conflit.

« On ne doit pas céder le pas à l’intimidation », a affirmé le premier ministre, avant de se demander : « Dans quelle sorte de société on vit, si on accepte que des personnes sont intimidées parce qu’elles veulent aller étudier? » M. Charest a rappelé que « le Québec venait de faire un gros débat dans le domaine de la construction, on ne veut pas ça pour ailleurs, dans un autre secteur d’activité ». Ah oui? Un gros débat dans le domaine de la construction ? Où ça ? Quand ça ? Le seul débat dont nous nous souvenons, ce sont les incessantes pressions qu’ont dû faire des représentants de presque tous les secteurs de la société québécoise pour que le gouvernement Charest accepte enfin de tenir une enquête publique sur la corruption dans cette industrie.

Cette déclaration de Jean Charest, qui associe un mouvement de grève dûment entériné en assemblée à de l’intimidation, comme celle de la ministre de l’Éducation, Line Beauchamp, qui affirme que le mouvement étudiant n’est pas un mouvement de grève et que les étudiants qui veulent assister à leurs cours sont en plein droit de le faire, pue le déni du droit de grève. S’il y a intimidation quelque part, elle est politique et vient du gouvernement Charest. On peut évoquer l’intimidation politique quand un gouvernement décrète qu’il faut tout mettre en oeuvre pour que les étudiants, qui sont contre la grève et/ou pour la hausse des frais et qui, est-il utile de le rappeler, sont MINORITAIRES au sens de la démocratie, puissent, comme le dit la ministre Beauchamp, « exercer leur droit de recevoir leurs cours ».

C’est ce genre de pensée, plus affairiste et économique que politique, qui pousse des étudiants à déposer, sur une base individuelle, des injonctions qui visent à forcer, qui les étudiants en grève à cesser le piquetage, qui les institutions scolaires et les professeurs à reprendre les cours. Ce type de comportement, foncièrement anti-syndical et anti-collectiviste, pourrait-il s’étendre dans le milieu du travail ? Verra-t-on des travailleurs judiciariser des conflits de travail en poursuivant leurs syndicats pour casser un mouvement de grève légale et retourner au travail ? À lire et entendre les réactions de Jean Charest et de Line Beauchamp, il y a tout lieu de croire que c’est ce qu’ils souhaitent.

Diviser pour régner et, qui plus est, diviser par son plus petit dénominateur, l’individu, est bel et bien l’avenue que le gouvernement de Jean Charest et de Line Beauchamp ont choisie de prendre pour mâter la contestation qui n’est plus qu’étudiante, mais bien sociétale et nationale.

De partout, des voix s’élèvent et des mouvements sociaux se forment pour, entre autres choses, réclamer la démission de Line Beauchamp. Elle ne démissionnera pas, loin s’en faut, mais, au mieux, elle se retrouvera sous peu sur les banquettes de l’opposition.

Bon vent, madame!

Dire NON à une hausse de 75% des frais de scolarité

Par Jacques Bérubé

La langue de bois a toujours sa place bien au chaud au gouvernement du Québec. De passage à l’émission Tout le monde en parle, la ministre de l’Éducation, Line Beauchamp, n’a à peu près jamais parlé de hausse des frais de scolarité pour les étudiants universitaires, mais plutôt de la hausse du financement des universités. J’appelle cette manière de dire que le sous-financement des universités est dû aux étudiants, qui paieraient depuis trop longtemps des frais de scolarité trop bas, un argumentaire de bas étage, servant plus à détourner les regards du laxisme du gouvernement Charest dans l’administration de l’éducation depuis son arrivée au pouvoir, en 2003.

Le gouvernement Charest n’a su empêcher l’UQAM de se crasher dans un désastre d’incompétence et d’incurie administrative, l’Îlot Voyageur, qui a englouti en pure perte plus de 500 millions. Il n’a pas plus bronché quand les deux principaux responsables de ce projet, recteur et vice-recteur, ont quitté en empochant plus de 300 000 $ en primes de séparation ou quand une autre université sous-financée, Concordia, a payé 1,7 million à ses deux derniers recteurs, partis après avoir été deux ans seulement en poste.

À elles seules, ces sorties incontrôlées représentent plus de 300 000 fois la hausse annuelle de 1625 $ que le gouvernement veut maintenant enfoncer dans la gorge des étudiants, devenus des ennemis de l’État.

Personne ne devrait accepter que le gouvernement du Québec impose une hausse de 75 % des frais de scolarité aux étudiants universitaires. PERSONNE! Qu’Hydro-Québec se ramène demain avec une hausse de 75% des tarifs aux usagers et nous assisterons aussitôt à une levée de boucliers sans précédent.
Mais les étudiants, ah, les étudiants…

Ils ont tous un iPhone!
Y a-t-il un âge et un statut social qu’il faudrait avoir atteint avant de pouvoir utiliser les technologies numériques, technologies qui, de surcroît, sont utilisées de façon formelle et efficiente dans les études et le travail ?

Ils paient moins cher qu’ailleurs au Canada…
Est-ce que le fait que les frais de scolarité au Québec soient parmi les plus bas en Amérique du Nord ne devrait pas être une source de fierté nationale plutôt qu’une simple donnée statistique de comparaison ? Est-ce que les Québécois ne devraient pas clamer leur fierté de faire partie des pays qui, comme plusieurs en Europe, investissent dans « l’actif » à long terme que sont les étudiants, plutôt que de vouloir être comparés à d’autres provinces canadiennes ou à des pays capitalistes et élitistes comme les États-Unis?

De plus en plus de voix s’élèvent pour demander au gouvernement Charest de s’asseoir avec les représentants étudiants pour négocier une solution mitoyenne. Peu de gens, dans les faits, s’opposent à une certaine hausse, raisonnable, des frais de scolarité. Mais celle promulguée par Jean Charest est de nature à rendre de moins en moins accessible les études universitaires. Et, de grâce, qu’on ne claironne pas que cette hausse sera compensée par une augmentation des prêts et bourses — dans une proportion 90% prêt/10% bourse — parce que cela ne changera rien à la situation d’endettement à long terme dans laquelle cette mesure antisociale installera les étudiants.

Le plus odieux de cette saga, c’est que tous les membres du gouvernement libéral qui, sous le faux prétexte de vouloir responsabiliser financièrement les étudiants, instaureront cette hausse abusive des frais de scolarité, ont eux-mêmes bénéficiés de ces bas taux pour se rendre là où ils sont.

Les libéraux ne casseront pas, alors, cassons les libéraux! Si Jean Charest et Line Beauchamp sont si persuadés d’avoir raison, qu’ils aillent en élection. Ils seront jugés par la population, non seulement sur cette position rigide et dangereuse, à court terme, pour l’avenir du Québec, mais sur l’ensemble de leur bilan.

Neuf ans!

Par Jacques Bérubé

Neuf ans, voilà ce qui semble être devenu le cycle de rotation du pouvoir au Québec. Selon les derniers sondages et surtout, selon toute pertinence — commentaire non-partisan —, le parti Québécois reprendra le pouvoir aux prochaines élections et ce, de façon majoritaire, neuf ans après l’avoir perdu aux mains du parti Libéral de Jean Charest. Ledit Charest a beau se targuer d’être le premier à avoir gagné trois élections de suite depuis Maurice Duplessis — belle comparaison! —, il aura été au pouvoir durant neuf ans, comme avant lui le PQ (1994-2003), le PLQ (1985-1994) et le PQ (1976-1985).

Avant cette première accession au pouvoir par le PQ, en 1976, le gouvernement du PLQ, avec Robert Bourasse en tête, n’avait conservé le pouvoir que durant deux courts mandats de trois années, secoué qu’il était par les crises — Octobre 70 et la Loi sur les mesures de guerre — et les scandales de toute sorte, celui de la viande avariée au premier plan.
Donc, si la tendance se maintient, le trône québécois verra de près une nouvelle paire de fesses dans les prochains mois. Bonne nouvelle, surtout pour ceux — ils sont légion et j’en suis — qui n’en peuvent plus de Jean Charest et de ses manières de gouverner.

Le Québec rejoindra vraisemblablement quatre autres provinces ou territoires du Canada — le temps qu’il en fait toujours partie! — qui ont élu des femmes Premières ministres. Avec son expérience au pouvoir comme ministre de la Santé, de l’Éducation, des Finances et présidente du Conseil du Trésor, les capacités à diriger le Québec de Pauline Marois ne font pas trop douter. Elle pourra, en plus, surfer un certain temps sur la vague d’insatisfaction soulevée par le gouvernement Charest, jusqu’à ce qu’elle s’échoue sur la côte…

La partie s’annonce toutefois difficile pour celle qu’on appelle maintenant la dame de béton, sur la question de la souveraineté du Québec. Alors que les conservateurs de Stephen Harper construisent semaine après semaine un Canada qui devient de plus en plus contraire aux valeurs et aux aspirations des Québécois, il sera très intéressant de voir si madame Marois profitera de la situation pour faire progresser l’option souverainiste et comment, le cas échéant, elle préparera le terrain de l’affrontement politique avec le fédéral. Ceux qui étaient ses adversaires acharnés en raison de sa mollesse et qui tendent à revenir dans les rangs péquistes — sage décision — ne devraient pas la laisser manquer ce bateau, qui ne repassera pas de sitôt.

Comme des enfants ?

Par Jacques Bérubé

Je n’aime pas dire que des adultes agissent comme des enfants parce que les enfants ont souvent plus d’intelligence et d’humanité dans leur façon d’être que bien des adultes. Mais des enfants, en groupe surtout, ça peut aussi être très con. Méchant, revanchard et borné. En fait, comme chantait Paul Piché, les enfants, au fond, ça peut faire tout ce qu’on leur apprend.

L’histoire des appels frauduleux — 31 000 plaintes au Directeur d’Élections Canada — est à ce point en train de coincer les conservateurs, qu’ils en sont maintenant réduits à répliquer que ce sont ceux qui ont été victimes de ces basses manœuvres électorales, les libéraux, qui ont fait ces appels. « Celui qui l’dit, c’est lui qui l’est ! »

Les conservateurs réclament maintenant que les libéraux rendent publics leurs relevés d’appels téléphoniques pour la période où ont eu lieu les appels frauduleux. Mais vous pensez bien qu’il n’est pas question pour eux de fournir les leurs, parce qu’ils n’ont rien à se reprocher. Ils jurent qu’ils n’ont pas fait ces appels et les bons chrétiens, ça ne jure pas pour rien, de peur de brûler en enfer…

Certains conservateurs en viennent même qu’à prétendre qu’Élections Canada pourrait avoir fait tous ces appels et avoir fourni par erreur des mauvaises informations aux électeurs. En autant, bien sûr, que ces électeurs ne soient pas de bons conservateurs…

Dans quelques jours, ce sera Scott Gomez qui sera à la base de tout cela.

Bon, il faudra bien que je trouve un autre titre pour coiffer cet article, parce que, après tout, soyons justes, les enfants ont assez de jugement pour ne pas essayer de nous servir un tel tissu de mensonges.

Excusez-moi, les enfants!

RADIO CANADA ET LE PÉRIL BLEU : Régime minceur, Régime Harper

Par Jacques Bérubé

Combien coûte Radio-Canada ? Trop cher, disent, d’un côté, les concurrents du privé à l’appétit gargantuesque comme Quebecor, Rogers et Shaw — et de l’autre, le gouvernement conservateur de Stephen Harper qui, c’est bien connu, abomine tout ce qui a trait à la culture et ne se plie pas servilement aux valeurs de droite qu’il met de l’avant.

Radio-Canada coûte plus d’un milliard cent trente millions (1 134 300 000 $) par année! Le chiffre semble énorme et c’est bien sûr de cette façon que les épouvantails conservateurs veulent que les Canadiens le voient afin qu’ils puissent, en coupant ce budget, jouer la carte du preux défenseur des finances publiques et du pauvre payeur de taxes étranglé par le système.

Rétorquons tout d’abord qu’en comparaison, le budget alloué à la Défense équivaut à 22 milliards $ et qu’à elle seule, la mission canadienne en Afghanistan coûte 2 milliards $ par année depuis 10 ans. Puis, décortiquons un peu le « gros » milliard que coûte Radio-Canada : chaque Canadienne et Canadien paie, en réalité, moins de 34 $ par année pour l’ensemble des services de Radio-Canada. Si l’on compare ce coût par citoyen avec ceux d’autres pays industrialisés, on constate que le gouvernement fédéral investit bien peu pour les services de radio et de télévision d’État. Des exemples : l’investissement public est de 155 $ par citoyen en Suisse, de 147 $ en Allemagne, de 111 $ en Grande-Bretagne, de 106 $ en Suède et d’environ 80 $ en France, en Belgique et en Espagne. En fait, sur un échantillon de 18 pays occidentaux, le Canada ne devance, en financement public, que la Nouvelle-Zélande et… les États-Unis — ce qui s’avère inquiétant, quand on considère la tendance lourde des conservateurs à vouloir calquer le voisin du sud.

Ramenons maintenant ce 34 $ annuel par citoyen en dépense quotidienne et on arrive à… 9 sous par jour! Vus ainsi, le coût pour les services de Radio-Canada est donc moindre que celui d’une tasse de café par semaine. Autre comparaison budgétaire : la facture moyenne de câblodistribution pour un mois coûte plus cher que Radio-Canada pour toute une année. Mais, vous pensez bien que jamais le gouvernement Harper ne montrera les chiffres par ce bout de la lorgnette.

Et qu’en est-il des services de Radio-Canada ? Au-delà du plus connu, qui se consomme quotidiennement, c’est-à-dire la télévision et les deux chaînes radio, la SRC est présente dans un ensemble de secteurs de l’industrie culturelle canadienne. RDI, ARTV, TV5 Monde, Tou.TV, Bold et Documentary, du côté de la télévision, et CBC North, Bande à part, Première Plus, Sports Extra, Radio-Canada International, RCI Plus et Espace Jazz, du côté de la radio, sont toutes des composantes de Radio-Canada et de CBC. Tout comme Les disques SRC, Services mobiles, messagerie et contenu interactif pour appareils mobiles et Applications, pour téléphones intelligents et tablettes graphiques…

Par ailleurs, la société d’État investit énormément d’argent dans des productions canadiennes en radio, télévision et cinéma. Au Québec, Radio-Canada produit à elle seule plus d’émissions canadiennes que toutes les autres stations de télévision réunies, qu’elles soient généralistes, spécialisées ou payantes. Et du côté de la diffusion, Radio-Canada présente 16 fois moins d’émissions non-canadiennes, donc essentiellement américaines, que les télévisions privées.

Depuis que le gouvernement Harper est au pouvoir à Ottawa, soit depuis 2006,  Radio-Canada a vu ses fonds de provenance fédérale fondre de 78 millions $, pour atteindre son plus bas niveau depuis l’année 2000. Et les conservateurs étaient minoritaires! Selon de nombreuses sources, le prochain budget fédéral pourrait faire très mal à Radio-Canada et les régions dites éloignées seront encore une fois sévèrement touchées. La disparition d’un fonds de production et de programmation qui avoisine les 60 millions $ et qui est particulièrement dédié aux régions, est déjà évoquée.

Devant ces sombres perspectives, des comités d’« amis de Radio-Canada » se sont formés — et se forment toujours — un peu partout au Canada, avec une prédominance, on s’en doute, au Québec. Un site, amisderadiocanada.com, a été mis en ligne, de même qu’une page Facebook, qui a rapidement atteint les 3 000 amis. La mobilisation populaire via les réseaux sociaux pourra-t-elle changer les plans du gouvernement conservateur versus Radio-Canada ? Rien n’est moins sûr, quand on connaît l’arrogance de ces élus et leur propension à agir et réagir constamment en fonction de leurs valeurs idéologiques. Chose certaine, plus il y aura de gens qui manifesteront leur appui à Radio-Canada, plus l’équilibre des forces s’en trouvera rééquilibrée.

À quand un Printemps québécois ?